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" Et après ?

- Comment ça, et après ?
- Et bien, que s'est-il passé ensuite ?
- Ecoute mon garçon ! Je t'ai dit que je te raconterai l'histoire de Kae. Bon. Je viens de le faire. Oui ou non ?!
- Oui, mais...
- Y a pas de mais qui tienne ! Non mais je vous jure, les jeunes de nos jours... Plus aucun respect, aucune contenance !
- Mais enfin, vous êtes bien d'accord avec moi si je vous dis que votre histoire n'est pas complète ! Une histoire ne peut pas se finir ainsi !
- Ce n'est pas simplement une histoire que je viens de te raconter là, jeune homme ! C'est l'Histoire ! Avec une grand H ! Et l'Histoire ne connaît jamais de début, de milieu, ou de fin ! Je viens de te raconter une partie de cette Histoire que peu de personnes connaît encore. Une des épopées les plus mythiques de notre Monde !  Et, toi, tout ce ce que tu trouves à me dire c'est qu'elle n'est pas finie ?! Non mais je vous le donne en mille ! Quel toupet !
- Ok ! Ok ! Pardon, je ne voulais pas vous vexer !
- Hummf !
- Monsieur ?
- Quoi encore ?
- Puis-je vous poser tout de même une ou deux questions ?
- Vas-y, dis toujours.
- Et bien... La Porte...
- Quoi la Porte ?
- Qu'est-ce que c'était réellement ? Qu'est-ce qui avait derrière ? Qu'est-ce que Kae, ou même Vjutta s'attendaient à réaliser en l'ouvrant ?
- Sérieusement ?! De tout ce que je t'ai raconté, c'est sur ça que tu veux poser des questions ?! Tu me fatigues ! Vous, les jeunes, vous me fatiguez tous avec vos questions puériles et insolentes ! Hummf ! Tiens, aide moi à me relever au lieu de déblatérer de telles bêtises !

Acceptation

" Bonjour toi ! Cela fait bien longtemps que ne nous étions pas croisés ! Tu as enfin trouvé un hamac à ta convenance ?

Il se mit à ricaner tout seul. Orig avait une voix étrangement humaine en comparaison à ce dont on aurait été en droit de s'attendre au vu de son apparence. Légèrement métallique, on aurait dit qu'une petite fille et un ténor tentaient de parler en même temps pour dire deux choses différentes. Cela résonnait plutôt correctement aux oreilles de Kae. Il fut presque déçu de ne pas avoir ses tympans vrillés par l'expérience.

Dépression

 Kriletach aiguisait sa hache. 

Il l'aiguisait inlassablement au moins quatre heures par jour depuis sa dispute avec Vjutta durant laquelle il avait perdu sa main.
Doc' lui avait bricolé un système de crochet relativement ingénieux qui lui permettait de la manier avec presque autant d'aisance que lorsqu'il l'avait encore. Krilertach avait été profondément ému par l'effort de Doc'.

Marchandage

"Dis, Doc' ?

Doc' soupira de lassitude. Krilertach ne cesserait donc jamais de poser ses questions ? Doc' fut traversé par une forte envie de l'envoyer paître. Il était fatigué, le Temple n'était toujours pas sécurisé, Xila était partie en leur laissant le ménage à faire et Doc' commençait en avoir sa claque de jouer la nounou ! Puis, au dernier moment, il se ravisa.

Vjutta, par ses différentes actions, avait brisé Krilertach, ce pitoyable colosse. Principalement, il ne parvenait pas à comprendre comment Cilla avait pu se sacrifier pour Vjutta aussi facilement. Et ceci, plus que tout autre chose, le minait intérieurement. Krilertach était dans un état de détresse psychologique intense. Il aurait été injuste de la part de Doc' d'être méchant avec lui.
Il incita donc Krilertach à poser sa question.

- Tu sais, on a vu que Xila arrivait à faire revivre les morts... Alors... Tu crois pas qu'on pourrait lui demander de faire pareil pour Cilla ? Elle pourrait la faire revivre, non ? Tu pourrais pas intercéder auprès de Vjutta pour que Xila y consente ?

Colère

L'attaque était terminé et Vjutta et les siens en étaient sortis victorieux. Enfin. Ils étaient les seuls encore debouts. Doc' pensait sincèrement qu'il fallait une certaine dose de culot pour vouloir appeler ça une victoire.

D'ailleurs, à la surprise même du principal intéressé, Doc' s'en était sorti. Kilertach s'était remis en marche au moment où il avait vu Doc' s'effondrer. Et il avait tout fait pour le mettre à l'abri et lui prodiguer des premiers soins. Aussi approximatifs que furent ces derniers, ils furent salutaires et Doc' survécu. Il en devait une à la recrue. Il repensait à tout ça assis, adossé contre un des piliers de la salle du Conseil. Krilertach était avec lui.
Xila était repartie dès qu'elle avait jugée que son aide ne fut plus nécessaire. Ce qui avait eu tendance à agacer Doc'. Partie au moment où il fallait ramasser les pots cassés. C'est bien un comportement de Bêtes divines.
Vjutta terminait une ronde menée afin d'éliminer, s'il le fallait, les dernières poches de résistance qui auraient pu encore exister.

Krilertach respirait bruyamment. Son visage était rouge de colère. Il n'était pas difficile de comprendre ce qu'il ressentait en ce moment même. Doc' tentait tant bien que mal de parler avec lui. De le prévenir de sa folie. De ne pas dire à Vjutta ce qu'il avait sur le cœur. Mais c'était peine perdue. Krilertach avait les oreilles qui bourdonnaient et un voile sanglant tombait devant ses yeux. Rien ni personne n'aurait pu l'empêcher de faire ce qu'il projetait.

Déni

Il avait tué. Il avait mis sa vie au-dessus de celle d'un de ses semblables.
Lui, Doc', qui avait pourtant juré que jamais il ne tuerait qui que ce soit. Il était végétarien depuis aussi longtemps qu'il s'en souvenait ! Il avait tué !

Il avait envie de vomir. Il ne parvenait pas à déterminer si ce soudain reflux gastrique était dû au choc émotionnel et psychologique qu'il venait de vivre ou alors, plus prosaïquement, si cela était dû au choc qu'il avait reçu à la tête en tombant à la renverse.

Un esprit parmi les âmes

On l'avait trouvé en train de ramper à plat ventre sur la plage, tentant tant bien que mal de chasser des crabes de roches à mains nues. 
Décharné, le visage émacié, il tenait à peine debout. 
Son aspect général, combiné à sa peau trop blanche et ses yeux sans pupilles, avait convaincu les guerriers qui étaient tombés dessus qu'ils avaient à faire à un esprit plutôt qu'à un homme.
Ils l'avaient ramené au village. Ils se devaient de l'aider. Laisser un esprit s'étioler sans intervenir aurait attiré le mauvais Sort sur l'ensemble des villageois.
Je me rappelle du moment où il est arrivé, porté sous chacune de ses aisselles par un guerrier. Ses pieds, trainant lamentablement au sol, traçaient des sillons zigzaguant dans la terre battue. Si c'était un esprit pensais-je, c'était indubitablement un esprit mineur, ou même simplement un khnomw. Et si c'était un humain, je me demandais comment il fut possible que ce dernier vive encore.

Six mois s'était écoulé depuis ces événements. Il était maintenant clair que, malgré son apparence des plus singulières, nous avions bien à faire à un être mi-esprit, mi-humain.

Réveil

Il cracha soudainement l'eau qui encombrait ses poumons.
Il roula sur le ventre et vomit le reste d'eau de mer qui stagnait en lui.
Il avala goulûment des brassées et des brassées d'air. Cela le faisait atrocement souffrir.
Mais qu'il était bon de se sentir vivant.
Il resta ainsi, à quatre pattes, à inspirer et expirer bruyamment par la bouche, pendant 20 bonnes minutes.
Son corps sortait d'une léthargie tout sauf naturelle et avait besoin de temps.

Se jeter à l'eau

Ils étaient assis sur la plage. À l'ombre des dattiers. Sa tête reposait contre son bras. Kae n'était pas forcément un colosse mais Jya était vraiment toute petite. Et on aurait dit que le temps l'avait ratatiné.
Sa chevelure était maintenant de la même couleur que celle de Kae.
Elle était devenue vieille. Kae était toujours le même.

La Bête humaine

Raki était mort.
Cela faisait maintenant 17 ans.
Cet imbécile avait provoqué Jya en duel.

Rejoindre l'autre rive

Raki aimait parler pour ne rien dire. Et ce tout particulièrement après avoir fait l'amour. Kae avait très rapidement appris à abhorrer ce trait de caractère chez son compagnon. Mais il continuait de revenir dormir chez lui. 
Car, finalement et par tous les autres aspects, partager sa couche de temps à autre n'était pas particulièrement désagréable. Et puis Kae avait besoin de la catharsis que cet acte charnel lui procurait. Six ans. Six ans qu'il était bloqué à Tafamé. Cette attente commençait à l'irriter. Plus que l'attente en elle-même, c'était le fait de ne pas savoir quand celle-ci cesserait qui agaçait Kae.
Il avait beau savoir que la notion de durée était perçue différemment par les Bêtes divines, il commençait à trouver le temps long. Pourquoi Neuf-bras ne s'était-il toujours pas montré ? Le Solitaire l'avait convoqué sous l'égide de la Bénédiction de ȽɤɧϠ. C'était comme si un de ses frères avait requit son aide. Il était obligé de répondre à son appel. Pourquoi ne l'avait-il toujours pas fait ?

Kae avait sincèrement cru que ses 250 ans et quelques d'existence lui avaient appris la patience. Force était de constater qu'il avait eu tort. Il n'en pouvait plus d'attendre.

Les yeux de l'Autre

Il était allongé sur la table d'opération, le dossier légèrement relevé. Il avait refusé toutes les propositions d'anesthésiants, calmants ou narcotiques que Doc' lui avait faites. Doc' était donc en train de lui retirer à vif des échardes de métal particulièrement tranchantes de sa tempe. Et il ne bronchait absolument pas. Pas même le début d'une légère grimace de douleur. Il semblait même apprécier l'expérience. Doc' se retint de frissonner.
Vjutta l'effrayait au plus haut point. Mais il était trop tard pour faire machine arrière maintenant. Il avait décidé de quitter la prêtrise de son propre gré, il n'y avait pas de retour en arrière possible.
Principalement pour cette raison, Doc' se réjouissait de l'arrivée de Krilertach dans leur petit groupe. Lui aussi semblait mal à l'aise vis-à-vis de Vjutta. C'était peut-être très égoïste de sa part mais il se sentait moins seul.
- Comment parviens-tu as rester aussi stoïque avec cette gueule en sang que tu as ?
- Je n'ai pas l'intention de te répondre. Si tu continuais à inutilement aiguiser ta hache plutôt ?

Les Chats sont gris

" Je résume la situation : il s'est passé un "truc" au Temple il y a deux mois de cela. Et, mis à part les trois Shaamans du Conseil, personne ne sait réellement ce qu'était ce "truc".
- Affirmatif.
- Mais on a tous entendu ce hurlement inhumain. 
- Correct. Proprement horrible. J'en fais encore des cauchemars certaines nuits.
- Depuis, au moins six églises dispersées dans tout Yorn ont été la cible d'attaques particulièrement violentes. Quatre-vingt sept prêtres sont morts.
- Toujours correct. Mais dis-moi, on dirait presque que tu as attentivement écouté le briefing de ce matin !
- Arrête de te foutre de ma gueule et laisse-moi parler. J'essaye de mettre de l'ordre dans mes pensées. Toutes ces victimes ont été massacrées avec une (des ?) arme très particulière. Les traces de blessures sur leurs corps faisaient penser aux blessures normalement infligées par des Scrynen. Sauf que, ce n'est pas des Scrynen qui ont été utilisés... Et c'est là où ça commence à devenir très bizarre... 
- Je suis toute ouïe. Partage-moi tes observations et tes conclusions préliminaires, mon adorable détective.
- Je t'ai demandé d'arrêter de te foutre de ma gueule. Bref. Pour en revenir aux armes ;
Point numéro un : la lame utilisée est plus longue que celle d'un Scryn. Bien plus longue. Les Forgerons sont formels. Même les Scrynen de Kae, qui sont à ce jour les plus longs jamais créés, sont trop courts pour avoir fait ces traces. Oui ? T'as une question ?
- Oui. Une question et un commentaire.
- Vas-y.
- Est-ce que tu crois que Kae a choisi des Scrynen le plus long possible pour compenser quelque chose ?
- Bordel, mais t'es pas permis. C'est pas possible de rester sérieux plus de cinq minutes avec toi. Mais le fait est que je peux répondre à cette question. Non, je ne pense pas que Kae ressente le besoin de compenser la taille de son engin. Ce n'est pas la plus grosse qui m'aie été donné de voir, mais c'est tout à fait acceptable. Cependant, oui, il essaye clairement de compenser quelque chose. J'ai jamais vu un mec aussi complexé de toute ma vie. D'où le fait, selon moi, qu'il ait tout mis en œuvre pour obtenir le droit de porter deux Scrynen.
- T'as couché avec Kae ? Tu ne me l'avais jamais dit mon coco !
- Disons plutôt que Kae a couché avec moi. Et je n'ai pas dit non. Ce bonhomme, il a le feu entre les cuisses. Il coucherait avec n'importe quoi tant que ça respire et que ça possède un trou. Sinon, ton commentaire ? J'espère qu'il sera plus pertinent que ta question.
- Oui, je crois. Mettons que l'arme utilisée est un Scryn, aussi spécial soit-il. Jamais son possesseur n'aurait réussi à massacrer autant de prêtres. Cette arme est impossible à manier. Un guerrier avec une lance et deux doigts de jugeote aurait tôt fait de t'empaler un mec avec des Scrynen.
- Exact, et tu rejoins mon deuxième point : même si il y a en tout quelques deux soixante treize personnes habilitées à porter un ou deux Scrynen en Yorn, seuls une vingtaine d'entre eux les utilisent réellement en situation de combat. Et si ils en sont arrivés à dédaigner les armes traditionnelles pour choisir d'utiliser ces bâtonnets à la noix, c'est qu'à la base ce ne sont pas de très bons combattants.
- Sauf Huk, Liog et Kae.
- Sauf Huk, Liog et Kae. Néanmoins ces trois personnes sont au-dessus de tout soupçon. Le Shaaman Huk ne quitte jamais le Temple, Kae est en Cryfandir aux dernières nouvelles et je n'ai pas lâché Liog d'une semelle depuis le début des évènements. Donc...
- Donc ce n'est pas un possesseur de Scrynen qui a fait le coup.
- Oui, mais qui alors ? Ou plutôt quoi ? Il n'existe pas d'autres lames que celle de l'Aube et du Crépuscule qui puissent trancher des membres et des os de manière aussi nette.
- Si, ça existe.
- Ah oui ?
- Oui, les Reliques.
- Ne dis pas de conneries. Les Reliques sont gardées nuit et jour au cœur même du Temple par les vingt-quatre meilleurs soldats que la prêtrise de Yorn n'ait jamais connue. Personne ne peut les approcher. Pas même nous. Et puis, si elles avaient disparues, on aurait été mis au courant.
- Vraiment ? Tu penses sincèrement que les Shaamans oseraient répandre un vent de panique de la sorte ? Si un jour les Reliques venaient à disparaître, on serait les derniers au courant, crois-moi !
- Mouais... Peut-être... Mais si on était sur les traces de personnes assez puissantes pour mettre la main sur les Reliques, on ne nous aurait pas envoyé sur les lieux en comité si restreint.
- Comité restreint peut-être, mais tu as vu la composition dudit comité ? Votre chef d'escouade est Liog, un putain de fou furieux de Noble-Anesthèse, et vous avez avec vous vingt Nobles-Aveugles, cinq Nobles-Sourds, un bataillon de quinze Nobles-Anosmites-Agueusites et quarante guerriers de la compagnie des Chats Sauvages (dont tu fais partie, je te le rappelle). Vous êtes assez nombreux et puissants pour prendre d'assaut n'importe quelle forteresse impériale ! Vous n'avez clairement pas été envoyés dans le but de débusquer des quelconques gredins de campagne. Franchement, ma théorie du vol des Reliques se tient pas mal je trouve.
- J'espère sincèrement que tu as tort.
- Bah, ça ne changera rien à ta situation actuelle. Continue à quadriller le terrain mon brave !
- Ça te va bien de dire ça, toi qui est installé bien au chaud au Temple ! Pantouflard !
- Eh ! Si ça ne te plaît pas de patauger dans la neige en forêt, il fallait pas devenir agent de terrain ! Fallait faire agent de liaison télépathe, comme moi !
- J'emmerde les télépathes et autres médiums prophétiques ! C'est à cause de gens comme vous que je suis inutilement en train de me les cailler !
- Eh ! C'est un coscinomancien qui a déterminé que le Mal se terrait dans la forêt de Shorwed. Ne me mêle pas à ça !
- ...
- Arrêtes de grommeler. Si tu n'étais pas devenu un Chat et moi un télépathe, on ne se serait jamais rencontré et notre amitié n'aurait jamais vu le jour !
- Une amitié qui me sidère toujours autant de par son incongruité.
- Héhé...
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- Ça va faire 6h qu'on tourne dans cette forêt. Ton coccinelle-mancien a du se gourer... Et la lune qui ne veut toujours pas se montrer...
- Je commence à être de ton avis pour ce qui est de la divination du coscinomancien. Par contre, pour la lune, tu peux toujours rêver. C'est la nouvelle lune ce soir.
- Putain.
- Héhé...
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- L'agent de liaison de Oÿe vient d'être déconnecté. Rassemblement autour de Liog demandé. Laisse moi le contrôle de tes jambes, je t'amène.
- Très bien.
- Bouclier et épée à la main mon coco, s'il te plaît.

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- Vous êtes tous là. Vous vous dirigez vers la dernière position connue d'Oÿe. Formation en losange. Reconcentres-toi. Tes mains tremblent. Mais je ne ressens aucune peur en toi... L'excitation en prévision du combat ?
- J'en sais foutrement rien. Désolé. Je vais me contrôler.
-...
-...
- Corps d'Oÿe retrouvé en amont du losange. Coupé net dans le sens de la longueur.
- Bordel.
-...
-...
-...
- C'était quoi ça !?
- Attaque simultanée à deux et à sept heure ! Retourne-toi !
- Putain mais je vois rien !
- A ta gauche !
- Non mais quoi ?! Ils sont où ?
- Plus aucun Nobles-Aveugles en état de combattre !
- Alors que ce sont les seuls à voir correctement la nuit ! Mais, par le Baron, qu'est-ce qui se passe ?!
- Trois morts directement sur ton flanc droit !
- Priek ?! Priek est mort ?! Priek !
-Vous vous faites descendre les uns après les autres ! Dégage ! Retraite !
- Non mais c'est pas possible ! On se bat contre des fantômes ou quoi ?
- Cesse immédiatement de donner des coups d'épée dans le vide et dégage !
- Non ! Je ne laisserai pas mes compagnons crever !
- Tu ne me laisses pas le choix !
- Rend-moi le contrôle de mon corps, binoclard de mes deux !
- Je te sauve la vie !
- Je n'ai pas besoin qu'on me sauve la vie ! J'ai juste besoin que tu me foutes... Humpf ! Glblrr !
- Roméo !
- Grrblbl...
- Tu t'es fait coupé en deux au niveau de l'estomac. J'ai coupé le lien entre ton cerveau et tes terminaisons nerveuses. Tu ne souffriras pas... Je... Je suis désolé...
- Grbbll...

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" C'était le dernier. Le seul qui a eu assez de bon sens pour tenter de fuir... Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ?
- Ça va ? Ton visage...
- Ah. Ça. C'est le Scryn de Liog. Sa lame s'est brisée en mille morceaux lorsque je l'ai frappé avec la Javikatti. Et j'ai reçu des éclats. Au visage mais aussi dans le torse et le bras. Je ne m'y attendais pas je dois dire. Et je te mentirai si je te disais que ça ne me fais pas souffrir le martyr. Mais je survivrai, ne t'inquiètes pas. J'ai juste besoin que Doc' s'occupe de moi. Préviens Cilla qu'elle peut descendre de son arbre et rentrons.
- A vos ordres, commandant Vjutta !

Tout ce qui saigne peut être tué

Un hurlement. Glaçant. Effroyable. Inhumain. Épouvantable. Interminable.

Qu'est-ce que c'était ?
Je ne sais pas...
C'était terrifiant.
Je suis d'accord. Je... 
Chut ! Il y a deux Shaamans qui discutent là-bas. Tendons l'oreille...

... Les Gardiens des Reliques. Tous massacrés. Les vingt-quatre.
Ce n'est pas possible. Pour tenir tête aux Gardiens, ils devaient être une petite armée. Comment ont-ils pu s'infiltrer aussi profondément dans le Temple sans que personne ne donne l'alerte ? 
Je suis aussi avancé que toi sur cette question.
Et les Reliques ?
Il ne reste plus que la Zeenfut.
Bon sang !
Et ce n'est pas le pire. Le Baron... Continuons ailleurs, à l'abri des oreilles indiscrètes.
D'accord, va à la salle du Conseil. Je vais chercher Huk et Ranmnma. Je te rejoins...

... Tu crois qu'ils nous ont vu ?
Je ne crois pas. Ne restons pas là. Regagnons le dortoir.
D'accord...

... Tu crois que le cri, c'était le Baron Rouge ?
Qui d'autre ?
Quelqu'un s'est servi des Reliques contre le Triumvira ?
Probablement.
Mais...
Quoi ?
Pourquoi ?
Aucune idée.

La valeur et le coût

Le delta de l'Ifrinop dessinait ses différents méandres et bras fluviaux, pour la plupart non-navigables, sur une zone particulièrement étendue. La plupart des Petits-États des Marches de Trabg'e ne pouvaient se targuer de couvrir une si vaste superficie.
Sur la quasi-totalité de sa surface, le delta restait une terre sauvage, remplie de palétuviers et de bêtes sauvages qu'encore aucun colon n'avait eu le courage de déloger. La faune et la flore qui vivaient ici n'étaient effectivement pas de celles qu'un être humain ayant un peu de bon sens aurait envie de venir embêter. Tout dans ces marais était capable de vous tuer. Des Scolopendres de vases aux vives d'eaux douces en passant par les mancenilliers, tout ce qui marchait, rampait, nageait, poussait dans cette zone voulait votre mort. Et Kae avait traversé ce bourbier infernal. Dire qu'il l'avait traversé sereinement serait un mensonge éhonté. Il n'avait que très peu dormi pour éviter de se faire dévorer durant son sommeil, peu bu car il n'avait pas voulu ingurgiter par mégarde de l'eau rendue impropre par des racines des mikhus, et il était resté aux aguets pendant toute la durée de sa traversée. 
Tout ceci était maintenant derrière lui.

Faire ce qui est juste - Partie 3

 Hogdar attrapa la bouteille et entrepris de remplir de nouveau son verre. Cependant, cette dernière avait été vidée et il ne put recueillir dans son verre qu'une quantité dérisoire de liquide. Visiblement désappointé par cette déconvenue, il avisa alors le verre de Kae encore rempli à ras-bord.

- Je peux ? demanda-t-il en pointant du doigt l'objet de sa convoitise.
Kae lui tendit le verre.
- Je t'en prie.
Hogdar ne se fit pas prier, attrapa le gobelet, en avala une énorme lampée et émit un rot sonore.
- Désolé.
Kae soupira.
- Et si tu me disais ce que tu voulais absolument me transmettre ?
- Impatient, hein ?

Hogdar avala le reste du verre, inspira un grand coup.
- Tu ne dois pas passer la Porte.

Bah voyons. Les yeux de Kae s'écarquillèrent et il afficha un grand sourire. Si il avait été capable de rire, Kae aurait ri. Hogdar fut contrarié et déstabilisé par l'hilarité de son interlocuteur. Néanmoins, il se reprit rapidement et continua.

Faire ce qui est juste - Partie 2

 Kae goûta le contenu de son gobelet. La boisson qu'Hogdar leur avait servi était une vaine reproduction du Pfel, une des boissons les plus bues en Yorn. Le Pfel était une boisson fermentée réalisée à partir de pommes non récoltées mais récupérées au sol pendant les mois les plus froids de l'Hiver. Ces pommes flétries et gelées, une fois correctement fermentées et leur jus distillé selon un savoir-faire ancestral, donnaient un alcool très puissant et parfumé qui étaient apprécié de toutes les classes sociales yornienne.
Ce que Kae avait dans son verre... était fait à base de pommes, cela était certain. Mais à base de belles pommes ramassées à maturité, sucrées et juteuses. La fermentation avait été mal menée et il n'y avait pas eu de distillation. Le breuvage pétillait légèrement et le tout était agréable en bouche.
Adieu l'amertume, l'acidité et la force des pommes gelées du Pfel et bonjour la suavité, la douceur et la pétulance de... cette chose. Kae reposa son verre avec la ferme intention de ne pas en boire une goutte de plus.
Son humeur ne s'était pas améliorée. Hogdar, celui que beaucoup de prêtres novices adulaient comme une légende, un héros de Temps ancien, n'était qu'un homme ayant mal vieilli, ne prenant plus aucun soin de sa personne et dépérissant dans un coin perdu du Cryfandir. Pathétique.

Il observait Hogdar, qui prenait un plaisir visible à se délecter de la boisson qu'il venait de se servir. Il finit par reposer son verre et regarda Kae droit dans les yeux.

- Il y a des choses que tu dois savoir, que je dois te transmettre.

Ne se départant pas pendant un seul instant de sa voix glaciale et méprisante, Kae répondit.
- Parle.

- Que raconte-t-on à mon sujet au Temple ? Que sais-tu de mon histoire ?

Kae soupira. Cet ancien Solitaire ne cessait de tourner autour du pot, de répondre aux questions par d'autres questions. N'ayant pas de réelle idée sur ses intentions, Kae décida de rentrer dans son jeu. Toutes les informations sont bonnes à prendre. Même si elles obligent à discuter avec un vieux prêtre sénile et radotant. Tant qu'on ne l'obligeait pas à reboire de ce simulacre de jus de pommes, tout irait bien. Il radoucit légèrement sa voix mais son humeur demeura exécrable.

Faire ce qui est juste - Partie 1

 Kae commençait sérieusement à se lasser du paysage. Des champs à gauche, des champs à droite, une seule route, traçant tout droit au travers. Il n'avait jamais réellement tenu le compte de ses journées de voyages, mais si il l'avait fait, il aurait su que sa rencontre avec Mandrag datait d'il y a trois semaines. Et pendant tout ce temps, non seulement le paysage n'avait pas réellement changé, mais surtout rien n'était venu perturber son avancée.

Il évitait sciemment les grandes villes. Il ne voulait absolument pas risquer de devenir la cible d'un de ces groupuscules xénophobes cryfandiens qui pullulait dans les zones densément peuplées. Il croisait suffisamment de cours d'eau pour ne jamais retrouver son outre vide, il y avait suffisamment de zones boisées pour qu'il puisse y chasser et, au final, les seuls villages qu'il croisait se résumaient souvent à des hameaux d'une dizaine de maisons tout au plus. Les habitants, sans pour autant être aimables, commerçaient volontiers avec le yornien. Ce dernier n'avait jamais eu à redouter de manquer de vivres ou d'eau.

Oui, cela faisait trois semaine que son voyage se déroulait sans encombre majeure. Ce n'est pas qu'il s'en plaignait, loin de là. Il continuait de marcher, imperturbable.

Au Commencement...

 ... Il n'y avait rien. Pas même du vide ou du silence car l'existence même du vide ou du silence implique la présence de quelque chose. Il n'y avait absolument rien. Le Néant.

Puis le Créateur, première des Bêtes et père de toutes choses, apparut. Pourquoi, comment il apparut, personne ne le sut jamais, pas même lui.

Le Créateur se sentit vite seul et cela le rendit triste. Il décida alors de créer les Bêtes divines pour lui tenir compagnie. Elles étaient au nombre de 12, une pour chacun des doigts du Créateur.

Il n'y a pas de prédateur sans proies

Elle se maintint immobile. Trop tard. Il l'avait vu. Contre toutes probabilités et bien qu'elle ne comprenait pas comment cela puisse être possible... il l'avait vu. Oui, aucun doute possible. Il était bien en train de la fixer du regard en ce moment même. Comment un insignifiant être humain pouvait-il bien réussir tel exploit ?

" Bonjour Mandrag ".

Alors, là ! Non seulement il la voyait distinctement mais en plus il savait qui elle était ! Elle, que plus rien ne surprenait depuis déjà quelques milliers d'années, voilà que c'était un humain qui la prenait au dépourvu. Elle se ressaisit et soupira. Elle n'avait plus aucune raison de se cacher, n'est-ce pas ? Elle se décida alors à reprendre une forme plus convenable.