Nous sommes à l’entrée du col des Trois Pendus. Derrière
cette montagne, c’est l’Orst. Et bientôt un champ de ruine. Cela faisait très
longtemps que je n’étais pas sortie du palais. Je me rappelle pourquoi je
n’aime pas ça. Il y a trop d’espace. Pas assez de mur. On ne voit pas de fin.
Je suis allongée dans la neige. Maîtresse aussi. C’est très
froid la neige. Ça fait presque mal. Maîtresse observe avec des jumelles longue
portée l’autre versant du col. Maîtresse porte un long manteau blanc
imperméable qui la garde au sec. Elle a rabattu la capuche sur sa tête. Elle a
un pantalon épais. Blanc aussi. Cela lui permet de se camoufler dans la neige.
Même si des orstiens regardent dans notre direction, ils ne verraient rien.
Moi, on ne me voit pas non plus. On m’a rasé la tête pour
que mes cheveux n’attirent pas l’attention. Ma peau est aussi blanche que la
neige. Allongée dans la poudreuse, face dirigée vers le sol, je suis aussi
invisible que Maîtresse. C’est grâce à ses soins si je peux aujourd’hui
l’accompagner. Je lui en suis reconnaissante. Je suis la seule familière qui
soit partie avec Maîtresse à la conquête de l’Orst. Je mesure la chance et
l’honneur qui m’échoie.
Je me remémore ses mots. Pendant qu’elle s’appliquait à me
recouvrir d’un mélange d’acide de sa composition afin de rendre ma peau plus
blanche que la neige, Maîtresse m’a expliqué pourquoi elle me faisait cette
faveur :