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Cracher en l'air

Il existe un meme se baladant sur les internets qui peut se résumer par la phrase suivante : 

Apparently "spite" is not an appropriate answer to "What motivates you ?" 

Ce qui pourrait se traduire, assez littéralement et de manière relativement pas trop fausse :

Apparemment "le dépit" n'est pas une réponse approprié à la question "Qu'est-ce qui vous motive ?"

Sécheresse

Je ne pense pas que la Source se soit tarie.
Elle coule encore. Ce ne doit être aujourd'hui plus qu'un petit filet à peine perceptible. Mais elle coule encore. Et sous peu, elle aura retrouvé sa vigueur d'antan, tu verras.
Oui, j'en suis certain.

Comment je le sais ? Je le sens. Physiquement. J'ai une démangeaison qui ne veut pas partir, entre mes côtes. Un poids qui m'empêche de respirer correctement.
Tu vois ?

C'est mon Cri qui est logé là. Celui que je voudrais expulser de mon être . Mais que je garde en moi parce que, on le sait bien, on se couvrirait de ridicule à hurler comme un damné au milieu d'une rame de métro. Et c'est ainsi.
Je ne suis pas le seul à avoir un Cri bloqué dans mes entrailles. Il est unique à chacun d'entre nous mais je suis persuadé que nous sommes nombreux à en choyer un.
Je ne pourrais pourtant jamais en être certain. On ne parle pas des ces choses-là en temps normal.

Et, tu vois, la Source a été créée spécifiquement dans ce but. Pour rediriger le flux. Pour transmuter le Cri en écrits. La catharsis parfaite. 
Et, aujourd'hui, je ne veux pas croire qu'elle se soit envolée sans me dire au revoir, alors que mon Cri, lui, ne m'a pas quitté.

Oui, je peux te le dire avec assurance.

Mon inspiration retrouvera son sillon et je réécrirai à nouveau.

Monde 101

 J'ai lu Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley il y a certain temps maintenant. J'étais dans ma période dystopie. Ray Bradbury, Georges Orwell... Ils y étaient tous passés. Les plus connus du moins. 

Et même si ma meilleure expérience de lecture en la matière restera indubitablement Fahrenheit 451, c'est bien Le meilleur des mondes qui m'a le plus marqué. Je n'ai lu ce roman qu'une unique fois et je ne ressens pas le besoin de m'y replonger. Et pourtant.

Dans ce meilleur des mondes, les "humains" sont tous des êtres bio-ingénérisés. Exit l'étape pourtant bien agréable du coït dans le processus de création de la vie. D'ailleurs, c'est interdit d'enfanter de la sorte. Tous les petits humains sont (doivent être) des bébés-éprouvettes. Déjà, niveau postulat de base, ça se pose là. 

Là où l'histoire part en cacahouète, c'est que ces êtres humains ne sont pas conçus pour être égaux. C'est même plutôt l'inverse. On distingue les "Alpha" qui sont des êtres aux capacités cognitives et physiques développées au maximum, les "Bêta" qui sont légèrement plus idiots que les "Alpha", les "Gamma"... etc. Jusqu'aux "Epsilon" qui ne sont que des ébauches mal finies d'êtres humains. Sans grande surprise, les "Alpha" dominent le meilleur des mondes et le reste des classes existent pour les servir.

Mais là où l'histoire tient du génie, c'est que chacune de ces classes est persuadée d'être la meilleure. Tout le monde se croit supérieur à son voisin. Adieu la lutte des classes. Pourquoi se battre alors que nous sommes déjà les meilleurs dans le meilleur des mondes ?

Je ne me souviens plus du reste de l'histoire. Qu'un seul passage me reste en tête.

A un moment donné, il est expliqué au lecteur que les "Epsilon" vivent dans des conditions relativement précaires et qu'ils travaillent sept heures par jour. Il est aussi expliqué qu'il serait tout à fait possible de les faire travailler moins de sept heures par jour sans que cela n'impacte réellement l'économie du meilleur des mondes. Néanmoins, il n'a jamais été décidé de diminuer leurs horaires. Pourquoi ? Parce que si cela devait arriver, les "Epsilon" auraient du temps pour s'ennuyer. Et on ne voudrait pas qu'ils s'ennuient. Ils pourraient se mettre à réfléchir.

Voilà donc près de dix ans que j'ai lu ce livre et voilà près de dix ans que ce passage tourne en boucle dans ma tête.

Réaliser un parallèle direct entre le meilleur des mondes et notre monde serait beaucoup trop facile et surement réducteur. Mais il y a un avertissement à tirer de ce passage. J'en suis certain. Je suis juste incapable de le verbaliser. Depuis dix ans.

Et ça m'ennuie.

Double standard

Une ville, quelque part.
La Poignée qui détient tout. La Majorité se partageant le reste.

Et la Poignée, les Puissants, pour se distraire, organisent des combats. Ils ont même construit des arènes.

Ceux de la Majorité les plus téméraires, les plus stupides, peuvent venir s'y battre à mort. S'il n'y a pas assez de participants, ce sont des personnes tirées au sort qui y sont jetées en pâture. Si on y survit assez longtemps, on peut devenir un Puissant, un membre de la Poignée. En tout cas, c'est ce qu'on leur a dit. En attendant, et à défaut du pain, il y a des jeux.

Et la vie suit son cours. Jusqu'au jour où.

Jusqu'au jour où quelqu'un viendra se battre. Il tuera ses adversaires sans aucune once de pitié. Manger ou être mangé. Il le savait et se pliera aux règles, comme bien d'autres avant lui. Les combats feront rage avec la même férocité aveugle que tous les autres massacres déjà perpétrés dans cette arène, au nom d'une paix sociale aussi précaire que malsaine. Son arme luira, tel un éclair blanc, lorsqu'il l'abattra. Une pluie vermeille s'ensuivra. Et la Danse continuera.

Il survivra pendant assez longtemps pour que la Majorité retienne son nom, comme bien d'autres avant lui. Il fera partie de ces "Champions" dont les mioches reproduisent les combats dans la poussière de la rue. Mais il ne se trompera pas sur la nature de l'ennemi, contrairement aux autres avant lui.

La Majorité comprendra vers où son regard se dirige. La Poignée se demandera si elle a bien compris vers où son regard se dirigeait. Elle nourrira quelques doutes et finira par comprendre vers qui se dirige son ressentiment. Il faut bien reconnaître qu'il existe un semblant d'intelligence pusillanime derrière cette caboche avilie à force de débauches irraisonnées.

Ladite Poignée, pour essayer de l'amadouer, fera de lui un de ses membres, du moins en apparence. Le mythe du Gagnant enfin devenu réalité. 

Et finalement, il mourra durant un combat qui ne sera pas différents de ceux qu'il avait déjà gagné. Du moins en apparence. Le match était truqué ? Son adversaire était-il vraiment le plus fort ? Avait-il tout simplement vieilli ? Toujours est-il que mythe du Gagnant s'effondrera comme une château de cartes.

La Poignée s'en réjouira et les combats reprendront. Mais ce sera trop tard. Sans s'en rendre compte, ils auront créé un Martyr.

La vie suivra son cours. Il y aura toujours des jeux. Mais où est le pain ? Et pourquoi se contenter de pain quand la Poignée nous exhibe, avec cette obscénité morbide qui la caractérise, sa brioche ?
Le Gagnant est mort et lui seul était assez puissant pour aller piquer dans les assiettes de la Poignée. Mais en s'y mettant à plusieurs, ne serions-nous pas en mesure d'égaler la puissance du Gagnant ? Après tout, il nous à montré comment faire.

La grogne ne redescendra jamais. La Poignée devra même se rendre à l'évidence : certaines des personnes élevées en son sein n'ont toujours eu qu'une seule envie : celle de La poignarder sauvagement.

La Poignée aura beau financer grassement une milice armée, elle ne fera qu'aviver une colère qui se nourrissait déjà de leur violence injustifiée.

La suite, vous la connaissez. Du moins, je vous le souhaite.