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Journal - Entrée 15 - Dernière entrée

J'ai piqué ce carnet dans le coffre de mon père. Pourquoi nous en a-t-il caché l'existence ? Moi aussi je veux faire passer des choses de ma vie à la postérité ! Je suis le prince Ogar, le futur Roi, nom des Dieux !

Et il y a bien une chose que j'aimerais raconter ! C'est que...

Journal - Entrée 14

Hier, lorsque j'ai ouvert ce journal, je me suis cantonné à exposer des faits. Je n'avais pas voulu "m'épancher", comme je le dis si bien. Aujourd'hui, j'ai envie de "m'épancher".

Il y aura sûrement une morale à tirer de mon histoire que je m'apprête à partager. Mais je vous laisserez décider de la teneur de celle-ci.

Vous me trouverez sûrement trop mou, trop naïf, pas assez volontaire. Je ne vous en voudrais pas si vous me jugez durement. Je le fais moi-même chaque matin.

En réalité, l'unique chose que je souhaite confesser dans ces pages, c'est que je n'ai jamais voulu de cette vie. J'étais le fils du Duc de la Marre. Ma tante n'avait pas de descendance. J'aurais simplement dû hériter des terres du duché et de la comté. En devenir l'administrateur.

Journal - Entrée 13

Mon père eut une longue vie. Mon oncle eut une longue vie. Et surtout, à mon grand désarroi, ma tante eut une très longue vie.
Ils moururent alors que déjà je vieillissais et, pendant tout ce temps, ils n'ont cessé de me contrôler. De tout contrôler, en réalité. Le Duc de la Marre et la Comtesse de la Vinaudière étaient bien trop retors pour que leurs semblables aient une quelconque chance face à eux.

A croire que Sophia avait tout préparé depuis ses douze ans. Le cours qu'a pris ma vie et la place que j'occupe aujourd'hui ne dois rien au hasard mais bien tout aux talents maudits de ma tante et, dans une moindre mesure, de mon père.

A vous, mon cher descendant lisant ces lignes, vous êtes peut-être le Roi ou la Reine d'un pays que j'espère prospère mais sachez que vous êtes issu d'un lignée d'usurpateur et que, dans un monde juste, vous n'auriez jamais dû accéder au pouvoir. Je ne m'épancherai pas sur la façon dont je suis devenu le prince consort du Royaume. Cependant, j'imagine qu'il est de mon devoir de combler le vide historique se situant entre le compte-rendu de mon oncle et aujourd'hui.

Journal - Entrée 12

Elle l'avait caché dans mes appartements de manière à ce que je le trouve. Je reconnais bien là une manigance de ma grande sœur. Et si elle l'a caché de manière à ce que je le trouve, c'est parce qu'elle veut que j'y écrive. J'imagine qu'elle souhaite que quelqu'un fasse passer à la postérité la destinée de notre fratrie. Et elle compte sur moi pour le faire parce qu'elle sait que ma piété m'impose la franchise. Et que je n’occulterai rien de ce que je sais.

Très bien, je relève le défi. Faisons alors cela dans l'ordre. Je suis Guillermo de la Marre, Archevêque de la Maison Royale, et je suis le frère aîné de l'actuel Duc de la Marre. En outre, ma fratrie se compose de mes deux aînés : mon frère Rinsen de la Marre, aujourd'hui décédé, et ma sœur Sophia, Comtesse de la Vinaudière.
Bien des choses se sont passées depuis que Sophia a pour la dernière fois écrit dans ce journal. Je tenterai donc de retracer fidèlement et sans détour ces vingt-deux dernière années mais je ne promet pas d'y arriver.

Journal - Entrée 11

Mon père... Mon salopard de géniteur ! La catastrophe était beaucoup plus proche que je ne le pressentais. Il avait réussi à nous cacher notre manque de liquidités avec une adresse qui ne lui ressemble guère. 

Mais il avait une solution pour nous éviter la banqueroute. Une brillante idée qu'il a dit !

Quel enfoiré.
 Je jure solennellement de lui faire payer sa traîtrise.

Vendre sa fille à peine sortie de l'enfance à un trou du cul de comte ayant trois fois son âge, il appelle ça une brillante idée ?
 
Ce comte... Grâce à son argent, le Duché survivra encore quelques hivers... Mais à quel prix ?
Ce satyre lubrique... Même pas encore parti de la maison familiale, il me pelote déjà ! Devant mon père et mes frères ! Qu'il ravale bien vite sa concupiscence... Ou il le regretta.

Journal - Entrée 10

Je ne tiens pas rigueur à mon arrière-grand-père d'avoir préféré pérenniser un Duché de la Marre encore jeune plutôt qu'accomplir un quelconque fait d'armes. A dire vrai, je pense que c'était la meilleure chose à réaliser en son temps et il s'est attelé à la tâche qui lui incombait avec la rigueur et le sérieux qu'on attendait de lui. Je le sais, les livres de comptes sont encore disponibles dans la bibliothèque.

Cependant, je peux en vouloir un peu plus à mon grand-père de ne pas avoir su conserver cette dynamique de prospérité instillée par mon arrière-arrière-grand-oncle et mon arrière-grand-père. Sous son règne, le Duché a stagné.
Et je peux en vouloir encore plus à mon père de laisser ce Duché sombrer dans l'apathie qu'on lui connaît aujourd'hui.

Journal - Entrée 9

Mon oncle m'avait parlé à maintes reprises de ce cahier. Cahier que mon père a jalousement gardé en sa possession sa vie durant, ceci pour une raison qui m'aura toujours échappé.
Sachez, que ne dirais aucun mal de mon géniteur. C'était quelqu'un de bon. Mais force est de constater qu'il avait un côté très bourru, et que son éducation avait été un échec de bout-en-bout. 

Ceci ayant été dit, je me sens dans l'obligation de signaler que cela fait plus de cinquante ans que mon père est mort et que je suis en possession de cahier. Et c'est la première fois que je l'ouvre dans l'optique de noircir ses pages.

Je suis maintenant au crépuscule de ma vie. Je n'ai jamais trouvé le bon moment pour y écrire. A vrai dire, il ne s'est surtout rien passé au cours de mon existence qui vaille la peine d'être couché sur le papier. Mais si je veux laisser une trace dans ce cahier, c'est maintenant ou jamais.

Laissez-moi alors raconter ici les vies intriquées de mon père et de mon oncle qui, à bien des égards, méritent bien plus que la mienne d'être racontées.

Journal - Entrée 8

Peuh ! Mon frere, un soldat ? Plutôt une lopete incapable de mourrir correctment pour sa patrie ! Il est meme pas mort au front se saligaud ! J'ai honte d'etre son jumeau ! il est la, a trainé dans le manoir dans son fauteuil roulant. ses jambe marche plu a se qu'il dit ! C'est du chiqué ! il a pas perdu ses jambe ! Elle son toujour la ! Si je n'été pas noble de coeur, je l'aurais foutu dehor cette incapable !

Mais non ! J'ai le devoir de le nourir pour le reste de sa vie. 

Mais il n'aura plus jamais mon respect !

Journal - Entrée 7

Puisque ce journal semble voué à devenir le procès-verbal des différents membres de notre famille, je souhaite revenir sur les mots écrits dans ce journal par Lumilla, ma défunte mère.

Lumilla est morte en nous donnant naissance, à mon frère et moi. Elle n'attendait pas un enfant comme elle l'avait écrit, mais deux. Déjà que sa grossesse arriva alors qu'elle était relativement âgée, le fait de devoir donner naissance à des jumeaux lui fut fatal.

Lumilla, fille de l'Araignée, ma mère... De ce que j'ai pu comprendre, ma mère resta sa vie entière une enfant. Une petite fille simple et naïve ne montrant que peu d'intérêt à comprendre comment fonctionnait réellement le monde.

Journal - Entrée 6

 A tous ceux qui tiendront un jour ce journal entre leurs mains, laissez-moi rétablir la vérité sur ma mère.

Je ne suis pas sûre que le nom perdurera, mais sachez que ce que l'on appelle aujourd'hui "l'ère de l'Araignée" correspond exactement à la période entre laquelle ma mère put avoir accès à la cour du Roi et sa mort prématurée. Et, ce, non pas sans raison, comme vous pouvez l'imaginer. C'était elle, l'Araignée.

Journal - Entrée 5

Papa...

Je ne m'étais jamais servi de ce cahier avant ce jour et je ne m'en resservirai plus après. Je n'y vois pas d'intérêt. Et force est de constater que toi non plus, vu que tu n'y a écrit que deux fois tout au long de ta vie.
Mais je te devais bien, au moins une fois, d'y coucher quelques mots par écrit, par respect pour tout ce que tu as fais pour moi.
Qui plus est, je suis au crépuscule de ma vie. Je ne suis pas vieille mais je suis usée. Et le résultat est le même. Je vais bientôt mourir. Je le sais. Et je m'en voudrais de partir sans avoir pu te remercier.

Te remercier de deux choses que tu as faites pour moi et qui m'ont modelé, fait devenir la personne que je suis aujourd'hui.

Journal - Entrée 4

Après plus de vingt ans à moisir au fond d'un tiroir, voilà qu'un événement aussi inattendu que providentiel vient à me faire rouvrir ce cahier si longtemps oublié.

Journal - Entrée 3

Mon père est mort.
C'était lui le propriétaire de ce cahier. C'était lui qui a été promu au rang de Champion du Serpentaire par le Prince. Il était un combattant hors pair. Ça ne lui aura servi à rien cette nuit-là. Il était sûrement torché comme un coin.
C'était lui mon père. Pas le meilleur père du monde mais pas un immonde salaud non plus. Il ne méritait pas de mourir ainsi.

Journal - Entrée 2

Il a refusé !
Re-fu-sé !

Je lui ai demandé avec toutes les politesses du monde si il pouvait arrêter de venir me voir.
Il a la possibilité d'aller voir des gens bien plus compétents que moi pour apprendre le maniement de la lance. Des gens aux côtés de qui sa présence ne serait pas aussi incongrue.

Et il a refusé !
Re-fu-sé !

Il a dit que j'étais la personne la plus à même de l'instruire et qu'il ne souhait personne d'autres comme instructeur.
Et il a dit qu'il continuerait à venir me consulter autant de fois que cela lui plaira.

Puis il a marmonné des trucs qui ne m'était pas spécialement destiné. 
J'ai cru cependant comprendre que du fait de ma "simplicité" (nous sommes tous forcément des "gens simples" par rapport à la famille royale), de notre faible différence d'âge et, surtout, du fait que je lui parle avec beaucoup moins de déférence que le reste de son entourage (et pourtant, que les Dieux m'en soient témoin, je redouble d'obséquiosité quand je suis face à lui) l'aidait à se sentir moins seul...

Je suis donc devenu le soutien moral officieux de l'héritier de la couronne...
Encore un peu et il me considèrerait comme un ami...

C'est extrêmement gratifiant et c'est un honneur dont je mesure la valeur.

Mais en même temps... 
Il y a des personnes avec des dents qui rayent le parquet (dont je tairai les noms) à qui tout cela ne va pas plaire du tout.
Oh non. Du tout du tout... 

Journal - Entrée 1

Le prince Ogar est encore venu me voir aujourd'hui. Il m'a, encore, demandé des conseils sur la maniement de la lance du Serpentaire.
Je sais que c'est une arme relativement peu usitée. Dans la garde du château, on doit être maximum une vingtaine à savoir se battre avec. 
Mais pourquoi diable vient-il me demander conseil à moi ?