Le Berserk n’a rien détruit. Enfin. Le Berserk n’a presque rien détruit.
Cela va faire une semaine que nous sommes rentrés en Orst. Nous avons par conséquent eu le temps de faire le point et comprendre enfin ce qui s’était passé après que nous ayons quitté la Nouvelle-Gordéa… un peu précipitamment dirons-nous.
En résumé, le Berserk n’a pas fait grand-chose. Au sortir
de l’eau, le Golem a rugi, détruit les caméras, rugi une deuxième fois. Le
deuxième rugissement est celui qui m’a fait vriller si violemment… et rien que
de m’en souvenir, j’en ai encore la chair de poule. Ce cri était effrayant. Il
vous fait comprendre à quel point votre condition de mortel est précaire. Brrr.
Je préfère ne plus en parler.
Après quoi, il a attendu. Attendu quoi, je n’en sais rien,
mais il a attendu. En tout cas c’est l’impression que cela donne. Il est resté
aux aguets mais il n’a pas bougé de sa position pendant deux bonne heures. Il
nous a donc largement donné le temps pour nous tous de décamper du site.
Puis, sans qu’aucun changement visible n’ait eu lieu, il
s’est rué tout droit sur notre poste de contrôle que nous venions de quitter et
a entrepris de le détruire méthodiquement. Rien de ce que nous avons laissé sur
place n’est récupérable à l’heure qu’il est. Il a tout transformé en une
bouillie de métal informe. Quel gâchis. Il y avait quelques instruments qui
coûtaient cher là-dedans !
Finalement, il est retourné du côté de Tafamé, s’est campé
sur ses deux jambes et a repris la même posture que celle qu’il avait avant que
nous ne venions le déranger, à plus ou moins deux cents mètres de sa position
initiale.
Il ne s’est pas remis à bouger depuis.
Ce n’est même plus la peine de penser retourner à Tafamé
pour essayer de le dynamiter une nouvelle fois. Je ne trouverai pas une seule
personne motivée pour me suivre. Et en même temps, comment les blâmer ? Ce
foutu Golem bouge !
Et, à mon grand dam, ceci a rapidement eu des répercussions
plus ou moins dramatiques.
Premièrement, l’Eglise de Ney a vu ses effectifs quasiment
tripler. Le scepticisme de toute une partie de la population à propos des
légendes de Tafamé s’est envolé d’un coup. Les Golems sont redevenus ces
demi-Dieux indestructibles qu’ils étaient il y a mille ans.
Parmi tous ces nouveaux adorateurs de Ney, très peu se sont
réellement découvert une aptitude à l’adoration des Golems. Non, la plupart des
nouveaux convertis se sont plutôt dit qu’en témoignant un peu de respect à ces
entités chargées de pouvoir terribles, ils éviteraient peut-être que leur
colère ne leur retombe sur leur tête.
Et à ma grande déception, les orstiens se convertissent
massivement à cette religion. La première raison de cet engouement de mon peuple
est éminemment pragmatique : ils espèrent que le Grand Prêtre disait vrai lorsqu’il
a pris la parole à l’Assemblée de l’Union. L’invasion de Cryn peut être stoppée
par les Golems qui ne tolèreront pas qu’une guerre éclate. En conséquence de
quoi, il est de bon aloi de vénérer ces Golems pour être certains de leur
venue. Je me tue à rappeler à qui veut l’entendre que l’Eglise de Ney est un
culte voué à Ney, pas à ses créatures. Sans succès.
Il faut aussi avouer que le prosélytisme déployé par le
Grand Prêtre et ses sous-fifres est impressionnant. Il y a des prêcheurs
partout. Et ils parlent bien, les bougres. Dans les bistros, les usines, les
rues, il y a toujours un gars prêt à monter sur un cageot pour haranguer la
foule et l’amener tel un troupeau de moutons vers l’église de Ney la plus
proche.
Notre cher président a essayé d’interdire les prêches dans
les lieux publics[1].
Malheureusement, le fait de se montrer hostile envers ce que le peuple pense
être sa dernière solution pour être sauvé de l’invasion de Cryn, ce n’est pas
très bien vu. Par conséquent, on laisse couler et je désespère de voir tous ces
gens se faire embrigader par une bande d’intégristes stupides et dangereux.
Avec tous ces nouveaux venus, l’Eglise de Ney va devenir encore plus riche
qu’elle ne l’est déjà. Il va pouvoir s’en acheter des nouvelles toges le vieux
Prêtre.
Mais surtout, deuxièmement : ces abrutis de Neyyis[2] vont devenir puissants et
influents. La Nouvelle-Gordéa, première puissance économique et plus large nation
de l’Union, leur mangeait déjà dans la main… mais alors là, cela va devenir
intenable. Depuis les évènements de la semaine dernière, la foi des gordéens
dans cette religion inepte est devenue plus solide que de l’acier trempé. Les
dirigeants gordéens ont implicitement prêté serment au Grand Prêtre et ne
feront plus rien qui pourrait contrarier l’Eglise de Ney. Dans quelques mois,
le gouvernement de Gordea ne sera plus que le porte-parole des Neyyis. Je le
sens venir gros comme un élan. Il va donc falloir compter sur le Grand Prêtre
dans le paysage politique maintenant.
Troisièmement, et c’est là où ça se corse de beaucoup, l’Orst
a, plus ou moins officiellement, été mis au rebut. Comme je viens de le dire,
l’Eglise de Ney compte maintenant pour beaucoup dans le paysage politique. Et
le peu d’amitié que je porte au Prêtre est connu de tous. Mes prises de
positions récentes allant ouvertement à l’encontre de cette Eglise[3] ont fait de l’Orst un
paria.
A croire que l’Union n’a pas apprécié notre proposition de
dégommer le Berserk. Si cela avait fonctionné, ils nous auraient tous
félicités, seraient partis promptement coloniser Géhen et auraient déclaré la
guerre à cette reine sauvage sans aucun scrupule. Mais non ! Ça n’a pas
marché et en plus nous venons de démontrer que le Berserk n’est pas simplement une
statue mais que cette chose est capable de se mouvoir. Autant dire que nous
venons de réduire à néant pas mal de projets de conquête de Géhen fantasmés par
certains pays de l’Union.
Les seuls pays qui ne nous ont pas tourné le dos sont la
Vassie[4] et la Cité-Etat de Riméar[5].
Ainsi, même si l’Orst survit à la guerre qui se profile,
notre pays se verra traiter avec dédain pendant un bon bout de temps. Tous ceux
qui pourront se passer des relations commerciales avec nous nous boycotterons.
Et cela uniquement pour montrer que, eux, ils n’aiment pas les pays qui ne font
pas confiance à l’Eglise de Ney. Putain de fayots.
En résumé, si on sort vivant de la crise militaire qu’on a
sur le dos, nous aurons une crise économique au cul. Foutue Union.
Et on en arrive au quatrièmement : toute la classe
dirigeante de l’Orst me tient responsable de ce fiasco. Ma place de Premier
Conseiller n’a jamais été aussi précaire. Néanmoins le peuple ne me connaît pas
et par conséquent, pour le public, le fautif c’est le président. Lui aussi va valser
aux prochaines élections.
Enfin… Pour l’instant, l’ensemble du gouvernement orstien
est parti se réfugier dans les plaines désertiques de la Vassie. Il n’y a plus
que moi assisté de quelques ministres subalternes[6] à la barre du navire.
Aucun orstien sensé ne croit vraiment à l’arrivée des
Golems. Nos dirigeants ne font pas exceptions. Ces derniers sont donc tous
partis se cacher dans une toundra que le Cryn n’ira jamais fouiller car
inintéressante à en mourir.
A vrai dire, pas mal d’orstiens qui ne croient pas vraiment
en Ney sont partis en Vassie. Plutôt mourir de froid, de faim et d’ennui qu’être
tués par les soldats Cryniens. Je les comprends. Je dois dire que si j’avais eu
une famille, j’aurais fait la même chose.
Néanmoins, pour ma part, je ne me vois pas laisser les gens
qui sont restés en Orst livrés à eux même. Si l’Empereur me voit ici en
débarquant, peut être que j’arriverai à parlementer pour que mon peuple ait la
vie sauve. J’aime mon peuple. Je ne veux pas qu’une psychopathe les dézingue
uniquement parce qu’ils prennent de la place sur un territoire qu’elle veut
réserver aux Cryniens. On peut dire plein de choses sur moi : que je suis
froid, calculateur, dénué de sens moral, soit[7]. Mais ne dites pas que je
fais mon métier uniquement pour le pouvoir. J’aime l’Orst. Avant que tout ça
n’arrive, je voulais vraiment guider mon pays sur le chemin de la prospérité.
Mes méthodes peuvent sembler légèrement peu orthodoxes par moment mais c’est pour
leur bien. J’aime mon peuple et je les protégerai jusqu’au bout.
Dans cette optique, j’ai gardé l’armée mobilisée afin que
le peuple ne perde pas totalement confiance et éviter une panique générale. Mais
j’ai aussi donné l’ordre à mes généraux de déclarer notre reddition totale si
les batailles à venir tournaient au massacre de nos soldats. Je tiens à faire
ce qui est en mon pouvoir pour limiter cette casse qui ne saurait tarder.
Et cinquièmement ; point qui m’enquiquine le
plus : le Grand Prêtre a décidé de loger avec moi dans le palais
présidentiel. Youpi. Il a décidé de me narguer en plus.
« Que disiez-vous à la tribune de l’Union ? Je ne
me rappelle plus des termes exacts… Attendez que je me souvienne… Ah oui !
Je vous cite : « Le Berserk
détruit sera une preuve de l’assentiment de vos Dieux à ce conflit ! ».
Que vous êtes drôle mon cher Yongène. »
Le tout suivi d’un bruit mi-rire mi-gloussement sorti de
son larynx. Je m’échine toute la journée à préparer au mieux mon pays à une
guerre qu’il ne peut gagner et lui n’en rate pas une pour venir
m’emmerder ! J’aurais dû le laisser à Tafamé tiens !
Oui, parce qu’il ne s’est pas retrouvé en Orst par hasard.
En fait, il nous a suivi lorsque nous avons fui Tafamé. Il est monté dans un
aérocoptère sans que personne ne remarque rien et nous avions déjà décollés
lorsque nous nous sommes rendu compte de sa présence.
Même en tant que Grand Prêtre de Ney, il ne devait pas être
parfaitement serein quant à sa destinée s’il se retrouvait nez à nez avec un
Berserk déchaîné. Par conséquent, il est arrivé à Verméal, capitale de notre
bien-aimée nation d’Orst, avec le reste de l’équipe.
A peine avait-il avoir sauté de l’aérocoptère, qu’il m’a fait
part de sa décision de rester ici. Notre peuple est celui qui a en ce moment le
plus besoin de sa « foi salvatrice » apparemment. Il compte aider du
mieux qu’il peut nos « pauvres concitoyens à rendre grâce au Créateur et
ses divinités golémiques, afin que de l’aide nous soit envoyée ».
Il parle bien mais si je devais résumer les faits, il a
juste parfaitement flairé que les orstiens étaient apeurés. Il a vu en eux un
bel et énorme troupeau tout disposé à se faire convertir. Ainsi, quand il n’est
pas en train de me narguer, il se met sur la Grande Place et prêche devant une
foule qui devient de plus en plus compacte chaque jour.
Je n’ai pas immédiatement compris l’impact que ses paroles
avaient sur les Orstiens et j’ai tardé avant de me décider à lui interdire ses
prêches. J’ai une guerre sur les bras, une économie qui se barre en couille,
des relations diplomatiques ultra-tendues avec quasiment toute l’Union et un
gouvernement absent pour gérer tout cela. Vous comprendrez que ce clown sur une
estrade en train de jacasser n’était pas mon problème principal. Sauf que là,
ça prend des proportions un peu trop exagérées à mon goût.
Il faut se figurer que le palais présidentiel et ses
environs ont été calqués sur ce qui se fait de mieux en termes d’architecture dans
les monarchies absolues.
Le palais comporte un bâtiment central flanqué par deux ailes
parfaitement symétriques. Les façades de ces bâtiments latéraux comportent des
colonnades jusqu’à la nausée et des immenses fenêtres y sont disposées
régulièrement. Ces fenêtres ont été pensées pour refléter la lueur du soleil
durant les après-midi et éblouir ainsi la plèbe[8] postée sur la Grande Place.
Le bâtiment central, quant à lui, est cylindrique et
surmonté d’un dôme en cuivre qui a depuis longtemps verdi. Enfin, à mi-hauteur du
bâtiment central se trouve un immense balcon depuis lequel le président peut venir
saluer la foule et clamer ses discours inspirés[9]. Et au pied du palais, il
y a donc la Grande Place.
Depuis le balcon présidentiel, la vue sur la Grande Place
est à couper le souffle. L’espace occupée par cette place est assez vaste pour
contenir la quasi-totalité des habitants de Verméal. De plus, la régularité des
motifs géométriques et la palette d’ocres utilisés pour sa réalisation sont
tellement parfaits que beaucoup considèrent cette esplanade comme faisant
partie de nos trésors nationaux[10].
Et derrière cette Grande Place, en tant que superbe
arrière-plan, il est possible de discerner les sommets enneigés de la chaîne du
Hanror qui donnent une impression d’immensité décuplée.
Ce lieu est une merveille architecturale et artistique
justement destinée à en mettre plein la vue. Initialement, la « démocratie orstienne »
avait été pensée de manière à ce qu’un culte autour du chef de l’Etat puisse se
développer. Le président aurait été l’équivalent d’un demi-dieu. La disposition
des lieux entourant le palais a donc été conçu pour que le peuple puisse
littéralement se mettre aux pieds de ses dirigeants.
Mais des Conseillers un peu plus malins que la moyenne ont
vite compris que le président était bien plus pratique en tant que fusible
entre la colère du peuple et leurs ambitions.
J’ai fait de la salle donnant sur le balcon du palais, qui
était initialement une salle d’apparat, mon bureau. J’ai donc droit à une vue
imprenable sur Verméal lorsque je lève la tête de mon travail. Et ce que je vois
me plaît de moins en moins.
La Grande Place est noire de monde. Ils me tournent tous le
dos car le Prêtre a monté son estrade face au palais, à l’autre bout de
l’esplanade. Ils sont tellement nombreux... Comme si toutes les personnes qui
n’avaient pas encore fui l’Orst s’étaient regroupées sur cette place. Ils sont
beaucoup trop nombreux.
Ils écoutent avidement cette gigue de Prêtre. Si ce
bonhomme décidait subitement que je le gênais, il lui suffirait d’un mot pour
lever une armée de paysans, saccager le palais et venir me chercher dans mon
bureau. Le Prêtre n’a heureusement aucune intention hostile à mon égard, autant
que je puisse en juger.
Néanmoins, il continue d’haranguer la foule. Et il est bon
dans cet exercice, force m’est de le reconnaître.
S’il continue ainsi, l’Orst va devenir une immense
succursale à ciel ouvert de l’Eglise de Ney.
Afin d’éviter que le peuple ne vienne à préférer suivre le
Prêtre plutôt que moi, j’ai entamé une grande campagne de communication. Donc
en plus de travailler d’arrache-pied pour trouver une sortie de crise et leur sauver
la vie, je dois aussi me faire aimer du peuple. Je n’ai pas le temps pour ces
conneries, merde !
Qu’on se le dise, sans fausse modestie, je suis un très bon
Premier Conseiller. C’est ma fierté d’avoir su gérer ce pays avec autant
d’efficacité jusqu’à maintenant. Mais je n’avais jamais eu besoin de reconnaissance
pour faire ce qui devait être fait. Je dois donc maintenant faire attention à
l’image que je renvoie. Tout ceci est très nouveau pour moi. Je trouve ça
horriblement fastidieux et éreintant.
Cela prend du temps que de cultiver une image d’homme
sympathique, droit, loyal, et tout ce que vous voulez…Et c’est encore plus
difficile lorsqu’on prend en compte le fait que je ne suis rien de tout
ça !
J’ai utilisé ma position de Premier Conseiller pour m’enrichir
de façon considérable[11]. J’ai aussi donné l’ordre
à nos services d’espionnages d’aller assassiner quelques-uns de nos concitoyens
qui commençaient à faire trop de bruit bien plus de fois que je ne peux
l’admettre. Mais l’avantage de ne pas avoir d’image à cultiver, c’est que je pouvais
faire ces choses-là sans avoir peur de finir avec ma tête au bout d’un piquet. Le
problème d’aujourd’hui, c’est que si je déplais effectivement à ces bouseux, le
piquet peut arriver très vite.
J’aurais dû interdire au Prêtre de faire ses prêches dès le
début. Si je le lui interdis maintenant, dans dix minutes les grilles du palais
sont par terre[12].
Par conséquent, je dois trouver d’autres moyens pour que le peuple m’apprécie
et que le Prêtre ne sape pas complétement mon autorité sur ce pays.
On laissait cette tâche de « mec sympa » au
président en temps normal. Maintenant qu’il s’est barré, c’est moi qui m’y
colle. Je me fais connaître du grand public. Show télévisé et toutes ces
bêtises. Ma relative jeunesse[13], ma belle-gueule, ma
verve, ainsi que mon autodérision à propos de mon prénom pourri m’attirent facilement
les sympathies du public. C’est déjà pas mal. Néanmoins, sur un match de
charisme « Grand Prêtre versus Moi », je ne donne pas cher de ma
peau. Alors, pour arrondir les angles, je fais tout ce que je peux pour que le
peuple voie à quel point j’apprécie ce tas de mer… pardon, ce charmant Prêtre.
Je l’ai invité à séjourner dans le palais[14] et je supporte ses
boutades et autres moqueries quotidiennes. Je ne peux pas faire beaucoup plus. Et
au moins, de cette manière, je le garde à l’œil.
Je m’extirpe de ma rêverie et reporte mon attention sur les
différents papiers qui s’étalent sur mon bureau. Il y en a qui ont du travail.
Je feuillette rapidement la liasse de rapports militaires
qu’on a posés sur mon bureau ce matin, pour la troisième fois. Mais je n’y
trouve toujours pas ce que ce que j’espérais y trouver. Mes espions infiltrés
en Cryn ne donnent plus de nouvelles. Je ne sais plus rien des mouvements de
l’armée impériale…
Je mettrais bien ma main à couper que mon échec à Tafamé a
donné des ailes à l’armée crynienne. Ils vont bientôt arriver, je le sens.
De toute manière, je ne vois pas comment cela pourrait bien
se finir.
La doctrine de colonisation du Cryn est la même depuis des millénaires :
« On envahit, on massacre tout le monde, on pose notre peuple ». J’imagine
qu’ainsi l’Empire évite la plupart des insurrections qui pourraient enflammer
les territoires les plus éloignés de sa capitale. Et je ne les vois pas changer
de paradigme aujourd’hui, ça serait trop beau.
Et pour ne rien arranger, l’Empereur actuelle est une
dirigeante exceptionnellement compétente. Déjà, ça va faire plus de dix ans
qu’elle se maintien sur le trône. Et dix ans de règne, c’est extrêmement long
au vu de leur procédure d’élection. Mais elle, elle a gagné deux fois d’affilé
et je pense qu’elle a plus ou moins dégouté les potentiels prétendants.
Ensuite, de mon point de vue, elle a fait du très bon
boulot dans la gestion de son territoire et le Cryn peut la remercier pour son
niveau de richesse actuel[15].
Et pour ne rien arranger, son peuple est venu à l’adorer
telle une déesse. Bien que le culte de l’Empereur ait toujours été cultivé par
les différents dirigeants du Cryn, la dirigeante actuelle est beaucoup plus
douée que ses prédécesseurs à ce petit jeu. C’est ainsi que, peu après son
arrivée au pouvoir, elle a banni tous les corps religieux hors des frontières
Cryniennes. A l’époque, l’Orst a reçu des pelletées de bigots fuyant le Cryn.
Certains de ces immigrants présentaient des membres en moins parce qu’ils
avaient essayé de protester contre cet exil forcé. Au même moment, tous les
cryniens ont été contraint de vénérer leur Empereur, élevée pour l’occasion au
rang de « élue des Dieux et représentante des forces cosmiques sur
Terre ». Ceux qui ne veulent pas se plier à leur devoir de dévotion sont
amenés devant l’Empereur elle-même qui, personnellement,
les soumet à sa volonté. Les gens qui en ressortent[16] deviennent ses plus
fidèles adorateurs. Je ne sais pas ce qu’elle leur fait mais ce n’est pas net. Et
cinq ans après son installation sur le trône, tout le Cryn aurait été prêt à
donner sa vie pour elle.
En récapitulant donc : L’Empereur de Cryn est extrêmement
intelligente, sait se faire adorer par ses pairs, sait gérer un territoire
« à la mode crynienne » et les rumeurs qui nous reviennent la font
passer pour une psychopathe assoiffée de sang. Je ne vois pas à quel moment la
survie des orstiens fait partie de son programme.
Je me répète donc : Je ne vois pas comment cela
pourrait bien se finir.
S’il n’y avait que moi, je ferais migrer tous les orstiens
vers la Vassie et on leur laisserait le champ libre à ces cryniens. On
éviterait un génocide par la même occasion.
Mais ces imbéciles groupés sur la place en bas de mes
fenêtres sont persuadés que le Berserk viendra les sauver et que personne dans
ce monde ne peut déclencher une guerre impunément. Le Prêtre n’a de cesse de le
leur répéter. Ils y croient donc dur comme fer et je suis certain qu’ils
refuseraient de bouger même s’ils avaient une baïonnette crynienne sous le
menton.
C’est typique de la nature humaine : en s’enfuyant hors
d’Orst, ces gens perdraient leurs maisons, la plupart de leurs biens. S’ils
migrent vers la Vassie, ils n’auraient nulle part réellement où aller et
devraient tout recommencer à zéro. Mais ils ne veulent pas laisser en plan ce
qu’ils ont passé une moitié de vie à construire. Alors ils s’y accrochent. En
donnant du crédit à des chimères. J’en veux au Prêtre de continuer à les
induire en erreur. Ces orstiens agglutinés sur la Place sont devenus des
fanatiques avant même que je puisse avoir la situation en main. Tenter
maintenant de leur expliquer que leur espoir de voir débarquer les Golems n’est
que fantasme serait une pure perte de temps.
Encore une fois : Je ne vois pas comment cela pourrait
bien se finir.
Je l’avoue, moi-même je commence à me mettre à rêver de
l’intervention des Golems. Soyons clairs : oui, le Berserk peut bouger
mais, non, je ne pense pas qu’il viendra nous sauver. Je n’ai aucune
explication logique au fait qu’il se soit mis à bouger mais je ne crois
toujours pas à la légende de Tafamé. Ney est mort depuis mille quatre ans. Dans
tous les documents retrouvés parlant des golems, il est clairement indiqué
qu’il n’y a jamais eu de cas où une créature a survécu à la mort de son maître.
Alors peut-être que Ney était au-dessus du commun des mortels mais il ne faut
pas non plus se leurrer. Il est impossible que des Golems aient pu survivre
pendant aussi longtemps, qui plus est avec un ordre aussi abscons que celui que
Ney a donné avant sa mort en tête.
On va ouvrir ici une parenthèse parce que j’ai deux-trois
détails à vous donner sur les golems à ce stade et sur ce que je veux entendre
avec ma dernière phrase[17].
Parlons donc un peu de golémisique[18]. Commençons par dire qu’il
existe énormément de travaux scientifiques traitant des golems. Il faut dire
que ce sujet inspire et fait fantasmer un bon nombre de scientifiques et je les
comprends. Imaginez : une technologie de dingue, dont l’existence ne fait aucun
doute, que tous les textes historiques mentionnent, sur laquelle aucun écrit
technique n’a été trouvé, et qu’aujourd’hui encore nous sommes incapables de reproduire.
Parce que des textes écrits par Ney, on en a trouvés pas
mal : des copies de ses ouvrages, certains réalisées à l’époque même de
Tafamé, sont présentes dans beaucoup de bibliothèques du continent austral. Ces
textes ont été des sources d’innovations constantes pour les scientifiques de
toutes les époques. Tous les domaines scientifiques ont fait un immense bond en
avant grâce à Ney et ses écrits.
Tous les domaines, sauf la golémisique. On n’a strictement
rien trouvé de techniquement viable à propos du fonctionnement des golems...
Que dalle ! La raison communément admise est que Ney avait peur que les
gens comprennent très vite comment créer des golems sans les fameuses clauses
restrictives pacifiques s’ils avaient accès à ses travaux. Il aurait donc
consigné toutes ses notes chez lui. Le tout ayant bien évidemment été détruit
par le Berserk durant les évènements de Tafamé. La belle jambe.
Les scientifiques du monde entier se penchent donc encore
aujourd’hui sur le problème des golems. Et la plupart des études sont en réalité
des tentatives d’extrapolations scientifiques à propos de récits d’époque
traitant de golems.
Des textes historiques qui ont été étudiés, il ressort que
la force vitale des golems tiens à trois choses : 1) Le sang du maître,
qui donne « l’étincelle » nécessaire à la vie, 2) la volonté du
maître, qui maintient le golem en vie, 3) un Cœur pour lier le Tout. Et c’est ici
que la chose se complexifie et que les extrapolations commencent[19].
Pour ce qui est du sang du maître, rien de bien sorcier à
première vue. Le sang lie le maître au golem et lui insuffle la vie. Comment ça
fonctionne exactement, je n’en ai aucune idée, mais cette condition a l’air
purement mécanique et n’a donné lieu qu’à très peu de débats métaphysiques. Je
vous épargnerai donc les détails à ce sujet.
En ce qui concerne la volonté du maître, celle-ci semble devoir
se diviser en deux types de volonté : la volonté dite « latente »
et celle dite « dirigée ».
La volonté « latente » est celle que le maître ne
formule jamais à voix haute mais qui reste implicite : « Je suis ton
maître, tu me dois obéissance, tiens-toi prêt à recevoir mes ordres ».
Tant que le maître est vivant, le golem subit cette volonté
« latente » et survit.
La volonté « dirigée » est celle qui est contenue
dans les ordres qu’un maître donne à son golem. Celle-ci, bien plus puissante,
supplante la volonté latente le temps que le golem exécute la tâche donnée.
Cependant, cette volonté dirigée semble être quelque chose de difficile à
manier. Par exemple, si cette volonté dirigée est trop faible, si le maître ne
sait pas quoi faire de son golem, ce dernier meurt et redevient poussière. Il
existe des textes qui mentionnent des golems réduits en poussière uniquement
parce que leur maître avait hésité sur l’ordre à donner. De même, ces écrits
nous apprennent qu’un ordre du type « Range l’entrepôt » n’a pour
seule conséquence que de détruire le golem. En effet, il y a une multitude de
façon de ranger des objets (par taille, poids, lieux d’origine, prix… etc.) et
ne pas préciser sa pensée au golem est fatal.
La clarté et la fermeté des ordres donnés reviennent
systématiquement comme étant des conditions sine
qua none à la bonne marche des golems.
L’utilisation de ces machines et le maniement de la volonté
dirigée par le maître semblent donc relativement complexes. Si bien que l’on a
retrouvé un grand nombre de tablettes dans lesquelles des marchands déclarent
renoncer à utiliser des golems malgré leur infatigabilité et leur force
surhumaine.
La plus simple des consignes semble devoir prendre environ
un quart d’heure à être formulée et une infime erreur dans l’énoncé de l’ordre mener
à l’anéantissement du golem.
Enfin, lorsque le maître meurt, ses volontés latente et
dirigée disparaissent avec lui et le golem redevient poussière.
C’est ainsi que nos experts pensent que les volontés du
propriétaire canalisent la force vitale du golem.
Pour ce qui est du Cœur, nous devons nous pencher sur un
texte en particulier: les tablettes de Pamcha.
Pamcha était un simple marchand qui avait commandé un golem
chez Ney. Il a rapporté dans son journal de bord qu’au moment où il a donné
l’ordre à son golem de le suivre et de sortir de l’atelier de Ney, celui-ci n’a
pas bougé. Le golem n’était, à ce stade, rien de plus qu’une statue en argile.
Pamcha demanda la cause de ce mauvais fonctionnement à Ney
qui se rendit alors compte d’une erreur de son fait : il avait oublié
d’intégrer un « objet »[20] au golem. Ney aurait
alors piqué le doigt de Pamcha pour récupérer une goutte de son sang, versé
cette goutte vermeil sur « l’objet » et aurait mis cet « objet »
en contact avec ce qui tenait de lieu de torse à ce golem humanoïde. Le golem
aurait « absorbé l’objet »[21] et en serait devenu
« vivant »[22].
Pas mal de scientifiques pensent que c’est cet objet
particulier[23], mélangé avec l’argile du serviteur et le sang
du maître, qui est la clé de voûte du processus transformant la volonté du
maître en force vitale pour le golem. Le reste du golem n’étant
vraisemblablement rien de plus que de l’argile, toute la technologie des golems
semble donc contenue dans cet « objet » mystérieux. Cet artefact fût
nommé « Cœur de Golem » et nombreux sont les scientifiques qui ont couru,
courent et courront après cet objet mythique tout au long de leur vie.
Cette théorie scientifique sur le fonctionnement des golems est
peu connue du grand public et pour cause : cela ne cadre pas du tout avec
la légende de Tafamé. Notamment, ces théories impliquent qu’un golem ne peut
pas survivre à la mort de son maître à cause de la disparition concomitante de
la volonté dudit maître. Or, Ney est mort et sa volonté est éteinte : les
trois immenses Golems ne devraient donc pas être encore debout.
Une première explication permettant de concilier théorie
scientifique et légende est que ces entités doivent leur survie à un ordre
surpuissant que leur a insufflé Ney, qui tiendrait alors lieu de volonté dirigée
post-mortem.
Sauf que, problème suivant : l’injonction de Ney est
des plus vagues possibles[24]. Les trois Golems
auraient dû voler en miette au moment même où ils ont reçu leur ordre.
Ainsi, si les théories scientifiques les plus à jours sont
dans le vrai les trois grands Golems ne peuvent tout simplement pas
être des « golems » tel qu’on l’entend communément et la légende de
Tafamé n’est qu’un conte destiné à faire peur aux enfants.
Mais ne vous inquiétez pas pour les Neyyis. Oui, les hauts
gradés sont au courant de la théorie du Sang/Volonté/Cœur[25] mais ont trouvé mille et
une raisons, toutes plus farfelues les unes que les autres, pour expliquer la
présence actuelle des trois Golems sans aucune volonté pour les maintenir en un
seul morceau. Je ne vous ferai pas l’affront de vous les présenter ici
tellement elles sont ridicules. Retenez juste que les Neyyis pensent la légende
de Tafamé est entièrement véridique et que l’ordre de Ney nous protège des
guerres.
Mais alors, si la légende telle que nous la connaissons est
au moins partiellement erronée, que s’est-il réellement passé à Tafamé il y a
mille ans de cela ? La version des évènements de Tafamé à laquelle je
crois[26] est la suivante :
Petit un : Ney, on ne sait comment, a réussi à faire
survivre ses Golems sans ses volontés. Peut-être qu’il a dû consentir à se
vider d’une énorme quantité de sang en compensation, je n’en sais rien.
Petit deux : il a donné des ordres très précis à ses
Golems, à l’intérieur de son atelier, puis est sorti faire son petit numéro
resté dans la légende, histoire d’impressionner son monde[27]. Il voulait que les
habitants de Tafamé sachent qu’il avait fait son possible pour arrêter la
guerre civile. Sa phrase passée à la postérité serait erronée dans le sens où
elle n’était probablement pas adressée à ses Golems mais plutôt à ses
concitoyens qui se trouvaient-là et serait plutôt : « J’ai fait
qu’aucune guerre, d’aucune sorte, ne puisse avoir lieu ». Cette
interprétation est d’autant plus plausible que « Faites » et
« J’ai fait » se prononcent quasiment de la même manière en ancien
gordéen.
Petit trois : Dans sa rage et sa folie du moment[28], je ne pense pas que Ney
ait pensé à interdire la guerre purement et simplement. Je pense qu’il voulait uniquement
stopper la guerre civile qui embrasait sa ville bien-aimée. Je pense que l’ordre
qu’il a donné à ses golems pourrait se résumer à quelque chose comme : « Tuez
tous ceux qui veulent faire du mal à Tafamé et veillez sur ces lieux jusqu’à la
fin des temps ». Malheureusement, sa formulation ne devait pas être extrêmement
précise et les Golems ont protégé le site de Tafamé mais pas la ville de
Tafamé. Grande nuance s’il en est.
Cette interprétation est partagée par plusieurs penseurs de
mon temps. Je dois avouer qu’avant que le Berserk ne se réveille, j’avais un
peu de mal à croire à cette version. Pour moi, les Golems étaient juste de
grandes statues qui faisaient peur aux gens. Mais j’ai un peu changé d’avis la
semaine dernière, quand le Berserk a détruit notre base.
De plus cette version corrigée de la légende expliquerait
pourquoi le Berserk n’a pas bougé de sa place depuis tout ce temps : il
veille sur le site de Tafamé. Cela cadre même avec la destruction de notre
QG : on menaçait de détruire le site de Tafamé avec nos explosifs. Alors
dès que cette bestiole de glaise s’en est rendu compte, elle a détruit tout ce
qui pouvait être utilisé à de telles fins.
De plus, Ney adorait Tafamé. Tous les textes le disent
extrêmement impliqué dans le bien-être des habitants de sa ville. Je pense que
Ney, avec ses Golems, cherchait simplement à protéger Tafamé en ces temps mouvementés
à tout prix et par tous les moyens. Il n’a jamais vraiment voyagé, Tafamé était
la seule chose qui comptait à ses yeux. Le monde n’existait pas pour lui.
C’était un excentrique, il ne pensait pas au futur ou au passé, il pensait à
ses travaux et à comment améliorer Tafamé.
Protéger le monde entier contre une menace aussi impalpable
que de potentielles guerres aurait été quelque chose de quasiment inconcevable
pour quelqu’un qui ne connaissait pas ledit monde. Cette version corrigée a
donc beaucoup plus de sens que la légende communément partagée selon moi.
Parenthèse finie[29].
Revenons donc à nos moutons : le Berserk ne viendra
pas nous sauver du Cryn parce que sa mission est de protéger Tafamé[30].
Si je suis resté en Orst, c’est parce que je ne voulais pas
laisser les orstiens livrés à eux-mêmes et aussi parce que je veux tout faire
pour leur sauver la vie. Même s’ils sont assez idiots pour rester sur place
alors qu’un envahisseur sanguinaire est à deux doigts de débarquer.
Je sais ce que vous vous dites : ces plébéiens ne
méritent absolument pas le sacrifice que je consens à leur offrir[31]. Mais que
voulez-vous ? Je suis comme ça : magnanime à mes grandes heures et
j’adore jouer les héros.
J’espère sincèrement pouvoir trouver un terrain d’entente
avec l’Empereur. D’autant plus que mes exigences sont assez basses :
prenez tout et laissez-nous en vie. Je pourrais aussi lui proposer d’épouser
son culte Impérial à la con. Ça la calmera peut-être. Je n’ai aucun plan établi
à vrai dire mais l’espoir fait vivre, hein ?
J’ai beaucoup entendu parler de cette Empereur mais je ne
l’ai jamais vue. Elle ne s’occupait jamais des relations diplomatiques entre
nos deux pays et envoyait toujours des sous-fifres à sa place. J’aurais déjà dû
sentir à cette époque que cela ne présageait rien de bon pour nous de se faire
snober de la sorte par notre voisin.
Je n’ai donc aucune idée de la personnalité réelle de
l’Empereur. Même si beaucoup de rapports la présentent comme une personne
dépourvue d’empathie, je me dis que quelqu’un d’aussi intelligent qu’elle saura
que ça fait très mauvaise pub que de procéder à un génocide et peut-être nous
laissera-t-elle en vie. Qui sait ?
En tout cas, personnellement, je n’en sais foutrement rien.
[1] Sur l’avis de l’un de ses Conseillers, bien évidemment.
Première règle : Le président ne fait rien sans notre aval. S’il
outrepasse cette règle, on le lynche.
[2] C’est comme ça qu’ils s’appellent entre eux.
[3] Je voulais détruire un des piliers de leur religion, vous vous
souvenez ?
[4] Parce que, quasiment à chaque hiver, leur survie dépend
de nos récoltes et de ce que nous leur donnons.
[5] Parce que même s’ils se faisaient un à un carboniser par
le Phénix, ils continueraient de ne pas croire aux Golems.
[6] Le ministre de l’éducation, par exemple.
[7] Mais personne n’a jamais dit de moi que j’avais un grand sens de l’humour.
Ma plus grande déception à ce jour.
[8] Au sens littéral du terme. Le peuple se brûle la rétine à
chaque fois qu’il se met à fixer le palais.
[9] Écrits par des intermittents sous-payés.
[10] Les motifs géométriques de la Grande Place ne représentent
rien de spécial mais certains croient y déceler un dessin de vache en train
d’allaiter son veau.
[11] Néanmoins, je pense que je mérite au moins ça pour
le service que je rends à ma nation.
[12] Je rappelle que mes forces armées sont mobilisées sur le
front et que je n’ai absolument rien pour me protéger d’une quelconque révolte
populaire.
[13] Trente-sept ans. On me dit souvent que je ne les fais
pas.
[14] Il y a de la place vu que tout le monde s’est barré…
[15] En étant totalement franc, l’Orst leur doit aussi des
remerciements. Parce que, tant que le Cryn n’avait pas des vues de conquêtes
sur notre pays, nos relations commerciales allaient bon train. Il faut dire que
lorsqu’on est aussi proche d’une source intarissable d’argent, on essaye d’en
profiter au maximum.
[16] Une petite minorité de ceux qui rentrent en réalité. Il y
en a un paquet dont on a plus jamais entendu parler.
[17] A tous ceux qui auraient dans l’idée de me reprocher cette absence
quasi-permanente de quatrième mur : sachez que je vous fais des bisous.
[18] Ce mot désigne l’étude des golems. Oui, ce mot est un
mot-valise assez moche mais que voulez-vous ? Les scientifiques ne sont
pas connus pour leur imagination débordante.
[19] Faites-moi une fleur et allez-vous chercher un petit café. Vous aurez le
temps de le boire durant mes explications.
[20] Traduction très approximative de textes en ancien
Gordéen.
[21] Encore là traduction très approximative.
[22] Même remarque… Je vais devoir vous le préciser à chaque
fois ?
[23] Certains le disent solide, d’autres liquide, d’autres
fait de chair humaine… Autant dire que personne ne sait à quoi ce truc doit
ressembler
[24] « Faites qu’aucune
guerre, d’aucune sorte, n’ait lieu. ». Difficile de faire moins clair.
[25] Théorie SVC pour les intimes.
[26] Cette version n’est pas de mon fait. Je me contente ici de m’approprier les
travaux d’un autre. Je reste un politicien très doué, ne l’oubliez pas.
[27] Autant dire qu’il a réussi. Mille ans plus tard on s’en souvient encore.
[28] Il s’était pris caillou sur la tête pas longtemps avant
ça, si la légende dit vrai sur ce point. Il ne devait pas forcément être au
mieux de sa forme.
[29] J’espère que vous avez bien savouré votre café.
[30] Ce qui ne m’empêche pas de rêver à son intervention
miraculeuse dans ce conflit. Je ne vois pas comment je pourrais m’en sortir
vivant sans ça de toute manière.
[31] Et vous avez parfaitement raison !
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