Chapitre 6 : Vous prévoyez des vacances en Orst prochainement ?

 




Le Berserk n’a rien détruit. Enfin. Le Berserk n’a presque rien détruit.

 

Cela va faire une semaine que nous sommes rentrés en Orst. Nous avons par conséquent eu le temps de faire le point et comprendre enfin ce qui s’était passé après que nous ayons quitté la Nouvelle-Gordéa… un peu précipitamment dirons-nous.

 

En résumé, le Berserk n’a pas fait grand-chose. Au sortir de l’eau, le Golem a rugi, détruit les caméras, rugi une deuxième fois. Le deuxième rugissement est celui qui m’a fait vriller si violemment… et rien que de m’en souvenir, j’en ai encore la chair de poule. Ce cri était effrayant. Il vous fait comprendre à quel point votre condition de mortel est précaire. Brrr. Je préfère ne plus en parler.

Après quoi, il a attendu. Attendu quoi, je n’en sais rien, mais il a attendu. En tout cas c’est l’impression que cela donne. Il est resté aux aguets mais il n’a pas bougé de sa position pendant deux bonne heures. Il nous a donc largement donné le temps pour nous tous de décamper du site.

Puis, sans qu’aucun changement visible n’ait eu lieu, il s’est rué tout droit sur notre poste de contrôle que nous venions de quitter et a entrepris de le détruire méthodiquement. Rien de ce que nous avons laissé sur place n’est récupérable à l’heure qu’il est. Il a tout transformé en une bouillie de métal informe. Quel gâchis. Il y avait quelques instruments qui coûtaient cher là-dedans !

Finalement, il est retourné du côté de Tafamé, s’est campé sur ses deux jambes et a repris la même posture que celle qu’il avait avant que nous ne venions le déranger, à plus ou moins deux cents mètres de sa position initiale.

Il ne s’est pas remis à bouger depuis.

 

Ce n’est même plus la peine de penser retourner à Tafamé pour essayer de le dynamiter une nouvelle fois. Je ne trouverai pas une seule personne motivée pour me suivre. Et en même temps, comment les blâmer ? Ce foutu Golem bouge !

Et, à mon grand dam, ceci a rapidement eu des répercussions plus ou moins dramatiques.

 

Premièrement, l’Eglise de Ney a vu ses effectifs quasiment tripler. Le scepticisme de toute une partie de la population à propos des légendes de Tafamé s’est envolé d’un coup. Les Golems sont redevenus ces demi-Dieux indestructibles qu’ils étaient il y a mille ans.

Parmi tous ces nouveaux adorateurs de Ney, très peu se sont réellement découvert une aptitude à l’adoration des Golems. Non, la plupart des nouveaux convertis se sont plutôt dit qu’en témoignant un peu de respect à ces entités chargées de pouvoir terribles, ils éviteraient peut-être que leur colère ne leur retombe sur leur tête.

 

Et à ma grande déception, les orstiens se convertissent massivement à cette religion. La première raison de cet engouement de mon peuple est éminemment pragmatique : ils espèrent que le Grand Prêtre disait vrai lorsqu’il a pris la parole à l’Assemblée de l’Union. L’invasion de Cryn peut être stoppée par les Golems qui ne tolèreront pas qu’une guerre éclate. En conséquence de quoi, il est de bon aloi de vénérer ces Golems pour être certains de leur venue. Je me tue à rappeler à qui veut l’entendre que l’Eglise de Ney est un culte voué à Ney, pas à ses créatures. Sans succès.

 

Il faut aussi avouer que le prosélytisme déployé par le Grand Prêtre et ses sous-fifres est impressionnant. Il y a des prêcheurs partout. Et ils parlent bien, les bougres. Dans les bistros, les usines, les rues, il y a toujours un gars prêt à monter sur un cageot pour haranguer la foule et l’amener tel un troupeau de moutons vers l’église de Ney la plus proche.

 

Notre cher président a essayé d’interdire les prêches dans les lieux publics[1]. Malheureusement, le fait de se montrer hostile envers ce que le peuple pense être sa dernière solution pour être sauvé de l’invasion de Cryn, ce n’est pas très bien vu. Par conséquent, on laisse couler et je désespère de voir tous ces gens se faire embrigader par une bande d’intégristes stupides et dangereux. Avec tous ces nouveaux venus, l’Eglise de Ney va devenir encore plus riche qu’elle ne l’est déjà. Il va pouvoir s’en acheter des nouvelles toges le vieux Prêtre.

 

Mais surtout, deuxièmement : ces abrutis de Neyyis[2] vont devenir puissants et influents. La Nouvelle-Gordéa, première puissance économique et plus large nation de l’Union, leur mangeait déjà dans la main… mais alors là, cela va devenir intenable. Depuis les évènements de la semaine dernière, la foi des gordéens dans cette religion inepte est devenue plus solide que de l’acier trempé. Les dirigeants gordéens ont implicitement prêté serment au Grand Prêtre et ne feront plus rien qui pourrait contrarier l’Eglise de Ney. Dans quelques mois, le gouvernement de Gordea ne sera plus que le porte-parole des Neyyis. Je le sens venir gros comme un élan. Il va donc falloir compter sur le Grand Prêtre dans le paysage politique maintenant.

 

Troisièmement, et c’est là où ça se corse de beaucoup, l’Orst a, plus ou moins officiellement, été mis au rebut. Comme je viens de le dire, l’Eglise de Ney compte maintenant pour beaucoup dans le paysage politique. Et le peu d’amitié que je porte au Prêtre est connu de tous. Mes prises de positions récentes allant ouvertement à l’encontre de cette Eglise[3] ont fait de l’Orst un paria.

A croire que l’Union n’a pas apprécié notre proposition de dégommer le Berserk. Si cela avait fonctionné, ils nous auraient tous félicités, seraient partis promptement coloniser Géhen et auraient déclaré la guerre à cette reine sauvage sans aucun scrupule. Mais non ! Ça n’a pas marché et en plus nous venons de démontrer que le Berserk n’est pas simplement une statue mais que cette chose est capable de se mouvoir. Autant dire que nous venons de réduire à néant pas mal de projets de conquête de Géhen fantasmés par certains pays de l’Union.

 

Les seuls pays qui ne nous ont pas tourné le dos sont la Vassie[4] et la Cité-Etat de Riméar[5].

Ainsi, même si l’Orst survit à la guerre qui se profile, notre pays se verra traiter avec dédain pendant un bon bout de temps. Tous ceux qui pourront se passer des relations commerciales avec nous nous boycotterons. Et cela uniquement pour montrer que, eux, ils n’aiment pas les pays qui ne font pas confiance à l’Eglise de Ney. Putain de fayots.

En résumé, si on sort vivant de la crise militaire qu’on a sur le dos, nous aurons une crise économique au cul. Foutue Union.

 

Et on en arrive au quatrièmement : toute la classe dirigeante de l’Orst me tient responsable de ce fiasco. Ma place de Premier Conseiller n’a jamais été aussi précaire. Néanmoins le peuple ne me connaît pas et par conséquent, pour le public, le fautif c’est le président. Lui aussi va valser aux prochaines élections.

Enfin… Pour l’instant, l’ensemble du gouvernement orstien est parti se réfugier dans les plaines désertiques de la Vassie. Il n’y a plus que moi assisté de quelques ministres subalternes[6] à la barre du navire.

Aucun orstien sensé ne croit vraiment à l’arrivée des Golems. Nos dirigeants ne font pas exceptions. Ces derniers sont donc tous partis se cacher dans une toundra que le Cryn n’ira jamais fouiller car inintéressante à en mourir.

A vrai dire, pas mal d’orstiens qui ne croient pas vraiment en Ney sont partis en Vassie. Plutôt mourir de froid, de faim et d’ennui qu’être tués par les soldats Cryniens. Je les comprends. Je dois dire que si j’avais eu une famille, j’aurais fait la même chose.

Néanmoins, pour ma part, je ne me vois pas laisser les gens qui sont restés en Orst livrés à eux même. Si l’Empereur me voit ici en débarquant, peut être que j’arriverai à parlementer pour que mon peuple ait la vie sauve. J’aime mon peuple. Je ne veux pas qu’une psychopathe les dézingue uniquement parce qu’ils prennent de la place sur un territoire qu’elle veut réserver aux Cryniens. On peut dire plein de choses sur moi : que je suis froid, calculateur, dénué de sens moral, soit[7]. Mais ne dites pas que je fais mon métier uniquement pour le pouvoir. J’aime l’Orst. Avant que tout ça n’arrive, je voulais vraiment guider mon pays sur le chemin de la prospérité. Mes méthodes peuvent sembler légèrement peu orthodoxes par moment mais c’est pour leur bien. J’aime mon peuple et je les protégerai jusqu’au bout.

 

Dans cette optique, j’ai gardé l’armée mobilisée afin que le peuple ne perde pas totalement confiance et éviter une panique générale. Mais j’ai aussi donné l’ordre à mes généraux de déclarer notre reddition totale si les batailles à venir tournaient au massacre de nos soldats. Je tiens à faire ce qui est en mon pouvoir pour limiter cette casse qui ne saurait tarder.

 

Et cinquièmement ; point qui m’enquiquine le plus : le Grand Prêtre a décidé de loger avec moi dans le palais présidentiel. Youpi. Il a décidé de me narguer en plus.

« Que disiez-vous à la tribune de l’Union ? Je ne me rappelle plus des termes exacts… Attendez que je me souvienne… Ah oui ! Je vous cite : « Le Berserk détruit sera une preuve de l’assentiment de vos Dieux à ce conflit ! ». Que vous êtes drôle mon cher Yongène. »

Le tout suivi d’un bruit mi-rire mi-gloussement sorti de son larynx. Je m’échine toute la journée à préparer au mieux mon pays à une guerre qu’il ne peut gagner et lui n’en rate pas une pour venir m’emmerder ! J’aurais dû le laisser à Tafamé tiens !

Oui, parce qu’il ne s’est pas retrouvé en Orst par hasard. En fait, il nous a suivi lorsque nous avons fui Tafamé. Il est monté dans un aérocoptère sans que personne ne remarque rien et nous avions déjà décollés lorsque nous nous sommes rendu compte de sa présence.

Même en tant que Grand Prêtre de Ney, il ne devait pas être parfaitement serein quant à sa destinée s’il se retrouvait nez à nez avec un Berserk déchaîné. Par conséquent, il est arrivé à Verméal, capitale de notre bien-aimée nation d’Orst, avec le reste de l’équipe.

 

A peine avait-il avoir sauté de l’aérocoptère, qu’il m’a fait part de sa décision de rester ici. Notre peuple est celui qui a en ce moment le plus besoin de sa « foi salvatrice » apparemment. Il compte aider du mieux qu’il peut nos « pauvres concitoyens à rendre grâce au Créateur et ses divinités golémiques, afin que de l’aide nous soit envoyée ».

Il parle bien mais si je devais résumer les faits, il a juste parfaitement flairé que les orstiens étaient apeurés. Il a vu en eux un bel et énorme troupeau tout disposé à se faire convertir. Ainsi, quand il n’est pas en train de me narguer, il se met sur la Grande Place et prêche devant une foule qui devient de plus en plus compacte chaque jour.

Je n’ai pas immédiatement compris l’impact que ses paroles avaient sur les Orstiens et j’ai tardé avant de me décider à lui interdire ses prêches. J’ai une guerre sur les bras, une économie qui se barre en couille, des relations diplomatiques ultra-tendues avec quasiment toute l’Union et un gouvernement absent pour gérer tout cela. Vous comprendrez que ce clown sur une estrade en train de jacasser n’était pas mon problème principal. Sauf que là, ça prend des proportions un peu trop exagérées à mon goût.

 

Il faut se figurer que le palais présidentiel et ses environs ont été calqués sur ce qui se fait de mieux en termes d’architecture dans les monarchies absolues.

Le palais comporte un bâtiment central flanqué par deux ailes parfaitement symétriques. Les façades de ces bâtiments latéraux comportent des colonnades jusqu’à la nausée et des immenses fenêtres y sont disposées régulièrement. Ces fenêtres ont été pensées pour refléter la lueur du soleil durant les après-midi et éblouir ainsi la plèbe[8] postée sur la Grande Place.

Le bâtiment central, quant à lui, est cylindrique et surmonté d’un dôme en cuivre qui a depuis longtemps verdi. Enfin, à mi-hauteur du bâtiment central se trouve un immense balcon depuis lequel le président peut venir saluer la foule et clamer ses discours inspirés[9]. Et au pied du palais, il y a donc la Grande Place.

 

Depuis le balcon présidentiel, la vue sur la Grande Place est à couper le souffle. L’espace occupée par cette place est assez vaste pour contenir la quasi-totalité des habitants de Verméal. De plus, la régularité des motifs géométriques et la palette d’ocres utilisés pour sa réalisation sont tellement parfaits que beaucoup considèrent cette esplanade comme faisant partie de nos trésors nationaux[10].

Et derrière cette Grande Place, en tant que superbe arrière-plan, il est possible de discerner les sommets enneigés de la chaîne du Hanror qui donnent une impression d’immensité décuplée.

Ce lieu est une merveille architecturale et artistique justement destinée à en mettre plein la vue. Initialement, la « démocratie orstienne » avait été pensée de manière à ce qu’un culte autour du chef de l’Etat puisse se développer. Le président aurait été l’équivalent d’un demi-dieu. La disposition des lieux entourant le palais a donc été conçu pour que le peuple puisse littéralement se mettre aux pieds de ses dirigeants.

Mais des Conseillers un peu plus malins que la moyenne ont vite compris que le président était bien plus pratique en tant que fusible entre la colère du peuple et leurs ambitions.

 

J’ai fait de la salle donnant sur le balcon du palais, qui était initialement une salle d’apparat, mon bureau. J’ai donc droit à une vue imprenable sur Verméal lorsque je lève la tête de mon travail. Et ce que je vois me plaît de moins en moins.

 

La Grande Place est noire de monde. Ils me tournent tous le dos car le Prêtre a monté son estrade face au palais, à l’autre bout de l’esplanade. Ils sont tellement nombreux... Comme si toutes les personnes qui n’avaient pas encore fui l’Orst s’étaient regroupées sur cette place. Ils sont beaucoup trop nombreux.

Ils écoutent avidement cette gigue de Prêtre. Si ce bonhomme décidait subitement que je le gênais, il lui suffirait d’un mot pour lever une armée de paysans, saccager le palais et venir me chercher dans mon bureau. Le Prêtre n’a heureusement aucune intention hostile à mon égard, autant que je puisse en juger.

Néanmoins, il continue d’haranguer la foule. Et il est bon dans cet exercice, force m’est de le reconnaître.

S’il continue ainsi, l’Orst va devenir une immense succursale à ciel ouvert de l’Eglise de Ney.

 

Afin d’éviter que le peuple ne vienne à préférer suivre le Prêtre plutôt que moi, j’ai entamé une grande campagne de communication. Donc en plus de travailler d’arrache-pied pour trouver une sortie de crise et leur sauver la vie, je dois aussi me faire aimer du peuple. Je n’ai pas le temps pour ces conneries, merde !

Qu’on se le dise, sans fausse modestie, je suis un très bon Premier Conseiller. C’est ma fierté d’avoir su gérer ce pays avec autant d’efficacité jusqu’à maintenant. Mais je n’avais jamais eu besoin de reconnaissance pour faire ce qui devait être fait. Je dois donc maintenant faire attention à l’image que je renvoie. Tout ceci est très nouveau pour moi. Je trouve ça horriblement fastidieux et éreintant.

 

Cela prend du temps que de cultiver une image d’homme sympathique, droit, loyal, et tout ce que vous voulez…Et c’est encore plus difficile lorsqu’on prend en compte le fait que je ne suis rien de tout ça !

J’ai utilisé ma position de Premier Conseiller pour m’enrichir de façon considérable[11]. J’ai aussi donné l’ordre à nos services d’espionnages d’aller assassiner quelques-uns de nos concitoyens qui commençaient à faire trop de bruit bien plus de fois que je ne peux l’admettre. Mais l’avantage de ne pas avoir d’image à cultiver, c’est que je pouvais faire ces choses-là sans avoir peur de finir avec ma tête au bout d’un piquet. Le problème d’aujourd’hui, c’est que si je déplais effectivement à ces bouseux, le piquet peut arriver très vite.

 

J’aurais dû interdire au Prêtre de faire ses prêches dès le début. Si je le lui interdis maintenant, dans dix minutes les grilles du palais sont par terre[12]. Par conséquent, je dois trouver d’autres moyens pour que le peuple m’apprécie et que le Prêtre ne sape pas complétement mon autorité sur ce pays.

 

On laissait cette tâche de « mec sympa » au président en temps normal. Maintenant qu’il s’est barré, c’est moi qui m’y colle. Je me fais connaître du grand public. Show télévisé et toutes ces bêtises. Ma relative jeunesse[13], ma belle-gueule, ma verve, ainsi que mon autodérision à propos de mon prénom pourri m’attirent facilement les sympathies du public. C’est déjà pas mal. Néanmoins, sur un match de charisme « Grand Prêtre versus Moi », je ne donne pas cher de ma peau. Alors, pour arrondir les angles, je fais tout ce que je peux pour que le peuple voie à quel point j’apprécie ce tas de mer… pardon, ce charmant Prêtre. Je l’ai invité à séjourner dans le palais[14] et je supporte ses boutades et autres moqueries quotidiennes. Je ne peux pas faire beaucoup plus. Et au moins, de cette manière, je le garde à l’œil.

 

Je m’extirpe de ma rêverie et reporte mon attention sur les différents papiers qui s’étalent sur mon bureau. Il y en a qui ont du travail.

Je feuillette rapidement la liasse de rapports militaires qu’on a posés sur mon bureau ce matin, pour la troisième fois. Mais je n’y trouve toujours pas ce que ce que j’espérais y trouver. Mes espions infiltrés en Cryn ne donnent plus de nouvelles. Je ne sais plus rien des mouvements de l’armée impériale…

Je mettrais bien ma main à couper que mon échec à Tafamé a donné des ailes à l’armée crynienne. Ils vont bientôt arriver, je le sens.

 

De toute manière, je ne vois pas comment cela pourrait bien se finir.

La doctrine de colonisation du Cryn est la même depuis des millénaires : « On envahit, on massacre tout le monde, on pose notre peuple ». J’imagine qu’ainsi l’Empire évite la plupart des insurrections qui pourraient enflammer les territoires les plus éloignés de sa capitale. Et je ne les vois pas changer de paradigme aujourd’hui, ça serait trop beau.

Et pour ne rien arranger, l’Empereur actuelle est une dirigeante exceptionnellement compétente. Déjà, ça va faire plus de dix ans qu’elle se maintien sur le trône. Et dix ans de règne, c’est extrêmement long au vu de leur procédure d’élection. Mais elle, elle a gagné deux fois d’affilé et je pense qu’elle a plus ou moins dégouté les potentiels prétendants.

Ensuite, de mon point de vue, elle a fait du très bon boulot dans la gestion de son territoire et le Cryn peut la remercier pour son niveau de richesse actuel[15].

Et pour ne rien arranger, son peuple est venu à l’adorer telle une déesse. Bien que le culte de l’Empereur ait toujours été cultivé par les différents dirigeants du Cryn, la dirigeante actuelle est beaucoup plus douée que ses prédécesseurs à ce petit jeu. C’est ainsi que, peu après son arrivée au pouvoir, elle a banni tous les corps religieux hors des frontières Cryniennes. A l’époque, l’Orst a reçu des pelletées de bigots fuyant le Cryn. Certains de ces immigrants présentaient des membres en moins parce qu’ils avaient essayé de protester contre cet exil forcé. Au même moment, tous les cryniens ont été contraint de vénérer leur Empereur, élevée pour l’occasion au rang de « élue des Dieux et représentante des forces cosmiques sur Terre ». Ceux qui ne veulent pas se plier à leur devoir de dévotion sont amenés devant l’Empereur elle-même qui, personnellement, les soumet à sa volonté. Les gens qui en ressortent[16] deviennent ses plus fidèles adorateurs. Je ne sais pas ce qu’elle leur fait mais ce n’est pas net. Et cinq ans après son installation sur le trône, tout le Cryn aurait été prêt à donner sa vie pour elle.

 

En récapitulant donc : L’Empereur de Cryn est extrêmement intelligente, sait se faire adorer par ses pairs, sait gérer un territoire « à la mode crynienne » et les rumeurs qui nous reviennent la font passer pour une psychopathe assoiffée de sang. Je ne vois pas à quel moment la survie des orstiens fait partie de son programme.

 

Je me répète donc : Je ne vois pas comment cela pourrait bien se finir.

S’il n’y avait que moi, je ferais migrer tous les orstiens vers la Vassie et on leur laisserait le champ libre à ces cryniens. On éviterait un génocide par la même occasion.

Mais ces imbéciles groupés sur la place en bas de mes fenêtres sont persuadés que le Berserk viendra les sauver et que personne dans ce monde ne peut déclencher une guerre impunément. Le Prêtre n’a de cesse de le leur répéter. Ils y croient donc dur comme fer et je suis certain qu’ils refuseraient de bouger même s’ils avaient une baïonnette crynienne sous le menton.

C’est typique de la nature humaine : en s’enfuyant hors d’Orst, ces gens perdraient leurs maisons, la plupart de leurs biens. S’ils migrent vers la Vassie, ils n’auraient nulle part réellement où aller et devraient tout recommencer à zéro. Mais ils ne veulent pas laisser en plan ce qu’ils ont passé une moitié de vie à construire. Alors ils s’y accrochent. En donnant du crédit à des chimères. J’en veux au Prêtre de continuer à les induire en erreur. Ces orstiens agglutinés sur la Place sont devenus des fanatiques avant même que je puisse avoir la situation en main. Tenter maintenant de leur expliquer que leur espoir de voir débarquer les Golems n’est que fantasme serait une pure perte de temps.

 

Encore une fois : Je ne vois pas comment cela pourrait bien se finir.

Je l’avoue, moi-même je commence à me mettre à rêver de l’intervention des Golems. Soyons clairs : oui, le Berserk peut bouger mais, non, je ne pense pas qu’il viendra nous sauver. Je n’ai aucune explication logique au fait qu’il se soit mis à bouger mais je ne crois toujours pas à la légende de Tafamé. Ney est mort depuis mille quatre ans. Dans tous les documents retrouvés parlant des golems, il est clairement indiqué qu’il n’y a jamais eu de cas où une créature a survécu à la mort de son maître. Alors peut-être que Ney était au-dessus du commun des mortels mais il ne faut pas non plus se leurrer. Il est impossible que des Golems aient pu survivre pendant aussi longtemps, qui plus est avec un ordre aussi abscons que celui que Ney a donné avant sa mort en tête.

 

On va ouvrir ici une parenthèse parce que j’ai deux-trois détails à vous donner sur les golems à ce stade et sur ce que je veux entendre avec ma dernière phrase[17].

Parlons donc un peu de golémisique[18]. Commençons par dire qu’il existe énormément de travaux scientifiques traitant des golems. Il faut dire que ce sujet inspire et fait fantasmer un bon nombre de scientifiques et je les comprends. Imaginez : une technologie de dingue, dont l’existence ne fait aucun doute, que tous les textes historiques mentionnent, sur laquelle aucun écrit technique n’a été trouvé, et qu’aujourd’hui encore nous sommes incapables de reproduire.

 

Parce que des textes écrits par Ney, on en a trouvés pas mal : des copies de ses ouvrages, certains réalisées à l’époque même de Tafamé, sont présentes dans beaucoup de bibliothèques du continent austral. Ces textes ont été des sources d’innovations constantes pour les scientifiques de toutes les époques. Tous les domaines scientifiques ont fait un immense bond en avant grâce à Ney et ses écrits.

Tous les domaines, sauf la golémisique. On n’a strictement rien trouvé de techniquement viable à propos du fonctionnement des golems... Que dalle ! La raison communément admise est que Ney avait peur que les gens comprennent très vite comment créer des golems sans les fameuses clauses restrictives pacifiques s’ils avaient accès à ses travaux. Il aurait donc consigné toutes ses notes chez lui. Le tout ayant bien évidemment été détruit par le Berserk durant les évènements de Tafamé. La belle jambe.

Les scientifiques du monde entier se penchent donc encore aujourd’hui sur le problème des golems. Et la plupart des études sont en réalité des tentatives d’extrapolations scientifiques à propos de récits d’époque traitant de golems.

 

Des textes historiques qui ont été étudiés, il ressort que la force vitale des golems tiens à trois choses : 1) Le sang du maître, qui donne « l’étincelle » nécessaire à la vie, 2) la volonté du maître, qui maintient le golem en vie, 3) un Cœur pour lier le Tout. Et c’est ici que la chose se complexifie et que les extrapolations commencent[19].

 

Pour ce qui est du sang du maître, rien de bien sorcier à première vue. Le sang lie le maître au golem et lui insuffle la vie. Comment ça fonctionne exactement, je n’en ai aucune idée, mais cette condition a l’air purement mécanique et n’a donné lieu qu’à très peu de débats métaphysiques. Je vous épargnerai donc les détails à ce sujet.

 

En ce qui concerne la volonté du maître, celle-ci semble devoir se diviser en deux types de volonté : la volonté dite « latente » et celle dite « dirigée ».

La volonté « latente » est celle que le maître ne formule jamais à voix haute mais qui reste implicite : « Je suis ton maître, tu me dois obéissance, tiens-toi prêt à recevoir mes ordres ». Tant que le maître est vivant, le golem subit cette volonté « latente » et survit.

La volonté « dirigée » est celle qui est contenue dans les ordres qu’un maître donne à son golem. Celle-ci, bien plus puissante, supplante la volonté latente le temps que le golem exécute la tâche donnée. Cependant, cette volonté dirigée semble être quelque chose de difficile à manier. Par exemple, si cette volonté dirigée est trop faible, si le maître ne sait pas quoi faire de son golem, ce dernier meurt et redevient poussière. Il existe des textes qui mentionnent des golems réduits en poussière uniquement parce que leur maître avait hésité sur l’ordre à donner. De même, ces écrits nous apprennent qu’un ordre du type « Range l’entrepôt » n’a pour seule conséquence que de détruire le golem. En effet, il y a une multitude de façon de ranger des objets (par taille, poids, lieux d’origine, prix… etc.) et ne pas préciser sa pensée au golem est fatal.

La clarté et la fermeté des ordres donnés reviennent systématiquement comme étant des conditions sine qua none à la bonne marche des golems.

L’utilisation de ces machines et le maniement de la volonté dirigée par le maître semblent donc relativement complexes. Si bien que l’on a retrouvé un grand nombre de tablettes dans lesquelles des marchands déclarent renoncer à utiliser des golems malgré leur infatigabilité et leur force surhumaine.

La plus simple des consignes semble devoir prendre environ un quart d’heure à être formulée et une infime erreur dans l’énoncé de l’ordre mener à l’anéantissement du golem.

Enfin, lorsque le maître meurt, ses volontés latente et dirigée disparaissent avec lui et le golem redevient poussière.

C’est ainsi que nos experts pensent que les volontés du propriétaire canalisent la force vitale du golem.

 

Pour ce qui est du Cœur, nous devons nous pencher sur un texte en particulier: les tablettes de Pamcha.

Pamcha était un simple marchand qui avait commandé un golem chez Ney. Il a rapporté dans son journal de bord qu’au moment où il a donné l’ordre à son golem de le suivre et de sortir de l’atelier de Ney, celui-ci n’a pas bougé. Le golem n’était, à ce stade, rien de plus qu’une statue en argile.

Pamcha demanda la cause de ce mauvais fonctionnement à Ney qui se rendit alors compte d’une erreur de son fait : il avait oublié d’intégrer un « objet »[20] au golem. Ney aurait alors piqué le doigt de Pamcha pour récupérer une goutte de son sang, versé cette goutte vermeil sur « l’objet » et aurait mis cet « objet » en contact avec ce qui tenait de lieu de torse à ce golem humanoïde. Le golem aurait « absorbé l’objet »[21] et en serait devenu « vivant »[22].

Pas mal de scientifiques pensent que c’est cet objet particulier[23],  mélangé avec l’argile du serviteur et le sang du maître, qui est la clé de voûte du processus transformant la volonté du maître en force vitale pour le golem. Le reste du golem n’étant vraisemblablement rien de plus que de l’argile, toute la technologie des golems semble donc contenue dans cet « objet » mystérieux. Cet artefact fût nommé « Cœur de Golem » et nombreux sont les scientifiques qui ont couru, courent et courront après cet objet mythique tout au long de leur vie.

 

Cette théorie scientifique sur le fonctionnement des golems est peu connue du grand public et pour cause : cela ne cadre pas du tout avec la légende de Tafamé. Notamment, ces théories impliquent qu’un golem ne peut pas survivre à la mort de son maître à cause de la disparition concomitante de la volonté dudit maître. Or, Ney est mort et sa volonté est éteinte : les trois immenses Golems ne devraient donc pas être encore debout.

Une première explication permettant de concilier théorie scientifique et légende est que ces entités doivent leur survie à un ordre surpuissant que leur a insufflé Ney, qui tiendrait alors lieu de volonté dirigée post-mortem.

Sauf que, problème suivant : l’injonction de Ney est des plus vagues possibles[24]. Les trois Golems auraient dû voler en miette au moment même où ils ont reçu leur ordre.

 

Ainsi, si les théories scientifiques les plus à jours sont dans le vrai les trois grands Golems ne peuvent tout simplement pas être des « golems » tel qu’on l’entend communément et la légende de Tafamé n’est qu’un conte destiné à faire peur aux enfants.

 

Mais ne vous inquiétez pas pour les Neyyis. Oui, les hauts gradés sont au courant de la théorie du Sang/Volonté/Cœur[25] mais ont trouvé mille et une raisons, toutes plus farfelues les unes que les autres, pour expliquer la présence actuelle des trois Golems sans aucune volonté pour les maintenir en un seul morceau. Je ne vous ferai pas l’affront de vous les présenter ici tellement elles sont ridicules. Retenez juste que les Neyyis pensent la légende de Tafamé est entièrement véridique et que l’ordre de Ney nous protège des guerres.

 

Mais alors, si la légende telle que nous la connaissons est au moins partiellement erronée, que s’est-il réellement passé à Tafamé il y a mille ans de cela ? La version des évènements de Tafamé à laquelle je crois[26] est la suivante :

Petit un : Ney, on ne sait comment, a réussi à faire survivre ses Golems sans ses volontés. Peut-être qu’il a dû consentir à se vider d’une énorme quantité de sang en compensation, je n’en sais rien.

Petit deux : il a donné des ordres très précis à ses Golems, à l’intérieur de son atelier, puis est sorti faire son petit numéro resté dans la légende, histoire d’impressionner son monde[27]. Il voulait que les habitants de Tafamé sachent qu’il avait fait son possible pour arrêter la guerre civile. Sa phrase passée à la postérité serait erronée dans le sens où elle n’était probablement pas adressée à ses Golems mais plutôt à ses concitoyens qui se trouvaient-là et serait plutôt : « J’ai fait qu’aucune guerre, d’aucune sorte, ne puisse avoir lieu ». Cette interprétation est d’autant plus plausible que « Faites » et « J’ai fait » se prononcent quasiment de la même manière en ancien gordéen.

Petit trois : Dans sa rage et sa folie du moment[28], je ne pense pas que Ney ait pensé à interdire la guerre purement et simplement. Je pense qu’il voulait uniquement stopper la guerre civile qui embrasait sa ville bien-aimée. Je pense que l’ordre qu’il a donné à ses golems pourrait se résumer à quelque chose comme : « Tuez tous ceux qui veulent faire du mal à Tafamé et veillez sur ces lieux jusqu’à la fin des temps ». Malheureusement, sa formulation ne devait pas être extrêmement précise et les Golems ont protégé le site de Tafamé mais pas la ville de Tafamé. Grande nuance s’il en est.

 

Cette interprétation est partagée par plusieurs penseurs de mon temps. Je dois avouer qu’avant que le Berserk ne se réveille, j’avais un peu de mal à croire à cette version. Pour moi, les Golems étaient juste de grandes statues qui faisaient peur aux gens. Mais j’ai un peu changé d’avis la semaine dernière, quand le Berserk a détruit notre base.

De plus cette version corrigée de la légende expliquerait pourquoi le Berserk n’a pas bougé de sa place depuis tout ce temps : il veille sur le site de Tafamé. Cela cadre même avec la destruction de notre QG : on menaçait de détruire le site de Tafamé avec nos explosifs. Alors dès que cette bestiole de glaise s’en est rendu compte, elle a détruit tout ce qui pouvait être utilisé à de telles fins.

De plus, Ney adorait Tafamé. Tous les textes le disent extrêmement impliqué dans le bien-être des habitants de sa ville. Je pense que Ney, avec ses Golems, cherchait simplement à protéger Tafamé en ces temps mouvementés à tout prix et par tous les moyens. Il n’a jamais vraiment voyagé, Tafamé était la seule chose qui comptait à ses yeux. Le monde n’existait pas pour lui. C’était un excentrique, il ne pensait pas au futur ou au passé, il pensait à ses travaux et à comment améliorer Tafamé.

Protéger le monde entier contre une menace aussi impalpable que de potentielles guerres aurait été quelque chose de quasiment inconcevable pour quelqu’un qui ne connaissait pas ledit monde. Cette version corrigée a donc beaucoup plus de sens que la légende communément partagée selon moi.

Parenthèse finie[29].

 

Revenons donc à nos moutons : le Berserk ne viendra pas nous sauver du Cryn parce que sa mission est de protéger Tafamé[30].

Si je suis resté en Orst, c’est parce que je ne voulais pas laisser les orstiens livrés à eux-mêmes et aussi parce que je veux tout faire pour leur sauver la vie. Même s’ils sont assez idiots pour rester sur place alors qu’un envahisseur sanguinaire est à deux doigts de débarquer.

Je sais ce que vous vous dites : ces plébéiens ne méritent absolument pas le sacrifice que je consens à leur offrir[31]. Mais que voulez-vous ? Je suis comme ça : magnanime à mes grandes heures et j’adore jouer les héros.

J’espère sincèrement pouvoir trouver un terrain d’entente avec l’Empereur. D’autant plus que mes exigences sont assez basses : prenez tout et laissez-nous en vie. Je pourrais aussi lui proposer d’épouser son culte Impérial à la con. Ça la calmera peut-être. Je n’ai aucun plan établi à vrai dire mais l’espoir fait vivre, hein ?

 

J’ai beaucoup entendu parler de cette Empereur mais je ne l’ai jamais vue. Elle ne s’occupait jamais des relations diplomatiques entre nos deux pays et envoyait toujours des sous-fifres à sa place. J’aurais déjà dû sentir à cette époque que cela ne présageait rien de bon pour nous de se faire snober de la sorte par notre voisin.

Je n’ai donc aucune idée de la personnalité réelle de l’Empereur. Même si beaucoup de rapports la présentent comme une personne dépourvue d’empathie, je me dis que quelqu’un d’aussi intelligent qu’elle saura que ça fait très mauvaise pub que de procéder à un génocide et peut-être nous laissera-t-elle en vie. Qui sait ?

 

En tout cas, personnellement, je n’en sais foutrement rien.



[1] Sur l’avis de l’un de ses Conseillers, bien évidemment. Première règle : Le président ne fait rien sans notre aval. S’il outrepasse cette règle, on le lynche.

[2] C’est comme ça qu’ils s’appellent entre eux.

[3] Je voulais détruire un des piliers de leur religion, vous vous souvenez ?

[4] Parce que, quasiment à chaque hiver, leur survie dépend de nos récoltes et de ce que nous leur donnons.

[5] Parce que même s’ils se faisaient un à un carboniser par le Phénix, ils continueraient de ne pas croire aux Golems.

[6] Le ministre de l’éducation, par exemple.

[7] Mais personne n’a jamais dit de moi que j’avais un grand sens de l’humour. Ma plus grande déception à ce jour.

[8] Au sens littéral du terme. Le peuple se brûle la rétine à chaque fois qu’il se met à fixer le palais.

[9] Écrits par des intermittents sous-payés.

[10] Les motifs géométriques de la Grande Place ne représentent rien de spécial mais certains croient y déceler un dessin de vache en train d’allaiter son veau.

[11] Néanmoins, je pense que je mérite au moins ça pour le service que je rends à ma nation.

[12] Je rappelle que mes forces armées sont mobilisées sur le front et que je n’ai absolument rien pour me protéger d’une quelconque révolte populaire.

[13] Trente-sept ans. On me dit souvent que je ne les fais pas.

[14] Il y a de la place vu que tout le monde s’est barré…

[15] En étant totalement franc, l’Orst leur doit aussi des remerciements. Parce que, tant que le Cryn n’avait pas des vues de conquêtes sur notre pays, nos relations commerciales allaient bon train. Il faut dire que lorsqu’on est aussi proche d’une source intarissable d’argent, on essaye d’en profiter au maximum.

[16] Une petite minorité de ceux qui rentrent en réalité. Il y en a un paquet dont on a plus jamais entendu parler.

[17] A tous ceux qui auraient dans l’idée de me reprocher cette absence quasi-permanente de quatrième mur : sachez que je vous fais des bisous.

[18] Ce mot désigne l’étude des golems. Oui, ce mot est un mot-valise assez moche mais que voulez-vous ? Les scientifiques ne sont pas connus pour leur imagination débordante.

[19] Faites-moi une fleur et allez-vous chercher un petit café. Vous aurez le temps de le boire durant mes explications.

[20] Traduction très approximative de textes en ancien Gordéen.

[21] Encore là traduction très approximative.

[22] Même remarque… Je vais devoir vous le préciser à chaque fois ?

[23] Certains le disent solide, d’autres liquide, d’autres fait de chair humaine… Autant dire que personne ne sait à quoi ce truc doit ressembler

[24] « Faites qu’aucune guerre, d’aucune sorte, n’ait lieu. ». Difficile de faire moins clair.

[25] Théorie SVC pour les intimes.

[26] Cette version n’est pas de mon fait. Je me contente ici de m’approprier les travaux d’un autre. Je reste un politicien très doué, ne l’oubliez pas.

[27] Autant dire qu’il a réussi. Mille ans plus tard on s’en souvient encore.

[28] Il s’était pris caillou sur la tête pas longtemps avant ça, si la légende dit vrai sur ce point. Il ne devait pas forcément être au mieux de sa forme.

[29] J’espère que vous avez bien savouré votre café.

[30] Ce qui ne m’empêche pas de rêver à son intervention miraculeuse dans ce conflit. Je ne vois pas comment je pourrais m’en sortir vivant sans ça de toute manière.

[31] Et vous avez parfaitement raison !

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