Maîtresse est très en colère. Elle a frappé plus fort et plus longtemps que d’habitude. Je ne sens plus mon dos. Je vois des étoiles danser devant mes yeux. J’ai glissé dans une de mes propres flaques de sang en marchant derrière Maîtresse. Elle rentre dans sa salle du trône et va s’asseoir sur son trône impérial. Tout en or et immense. Elle a fière allure assise ainsi.
J’admire son port altier et son visage grave. Elle a un
visage très anguleux, d’où ressortent ses grands yeux bleus. Maîtresse est
toujours aussi magnifique. Elle est habillée avec une tenue martiale qui lui
permet d’avoir une grande aisance dans ses mouvements. On devine sans peine à
travers ces vêtements un corps extrêmement musculeux. Forte, souple et agile.
Et intelligente. C’est la plus grande guerrière du Monde. C’est pour cette
raison qu’elle a été élue il y a douze ans et qu’elle se maintient sans peine
sur le trône. Aucun candidat n’a osé se présenter contre elle aux dernières
élections.
Je m’agenouille à côté de son trône. Le dos droit et les
mains croisées dans mon dos. Je suis son familier préféré. C’est un grand
privilège pour un familier que de pouvoir ramper aux côtés de Maîtresse dans la
salle du trône. Je me fais la plus petite possible et je ne fais pas de bruit.
Ses principaux officiers sont rentrés dans la salle et se sont agenouillés
devant nous. Ils n’ont pas bonne mine. Maîtresse passe sa main sur ma tête et
m’arrache distraitement quelques touffes de cheveux.
« Alors comme ça, il vous faudrait encore deux mois
pour mobiliser mes troupes ?
Son ton est très calme. C’est quand elle me parle comme ça
qu’elle utilise les instruments de torture qui me font le plus mal.
—
Votre Grandeur !
Nous n’y sommes pour rien ! Des espions de l’Orst s’étaient infiltrés parmi
nos troupes et sapaient nos efforts de guerre avec une regrettable efficacité, retardant
le début de notre offensive ! Ils ont réussi à empoisonner certains de nos
principaux points d’eau, à rendre inutilisable un régiment de chars…
—
Vous êtes au courant
qu’en énumérant les exactions de ces chiens d’Orst, vous n’améliorez pas votre
cas.
—
Mais nous avons réussi
à les confondre ! Ils sont morts à l’heure qu’il est !
—
Et il ne vous est pas
venu à l’esprit qu’ils nous auraient été plus utiles vivants ? Afin
d’identifier comment ils ont réussi à infiltrer mon armée, par exemple ?
L’officier n’arrive pas à déglutir. La même chose m’arrive
quand Maîtresse m’interdit de boire pendant plusieurs jours d’affilés.
—
Nous faisons tout
notre possible pour envahir l’Orst dès que possible. Soyez-en sûr votre
Grandeur !
—
Et bien, tout votre
possible n’est pas assez.
L’officier vient de s’effondrer, un poignard planté entre les
yeux. Les autres officiers présents n’ont pas bougé d’un cil et restent muets.
Elle est très forte, Maîtresse, avec des couteaux. J’en suis une des plus
grands témoins. Elle s’entraîne sur moi quelques fois.
—
Il y a une heure à peine,
ces abrutis de l’Union se sont mis d’accord pour aider Orst. La seule condition
exigée par l’Assemblée, c’est que l’Orst détruise le Berserk avant d’entrer en
guerre. Je n’arrive pas à croire que ce ramassis d’idiots ait enfin compris
l’inutilité de l’Eglise de Ney et de ses idées pacifistes dégradantes…
Maîtresse, elle, elle a compris ça depuis le début. Elle a
renvoyé de Cryn tous les représentants de toutes les religions prônant la paix.
Leurs philosophies ramollissent la cervelle et l’esprit guerrier. Ceux qui ont
protesté et qui ont voulu rester, au nom de la liberté de culte, ont aussi
finalement été renvoyés. Mais en petit morceaux. Par colis postal. Le seul
culte encore toléré aujourd’hui est celui de l’Empereur. On doit aimer
l’Empereur et donner sa vie pour elle. C’est une bonne religion.
-
…Quoiqu’il en soit, l’Orst
sera bientôt prêt à se défendre contre nous et je ne veux pas perdre plus d’un
douzième de mon armée pour la prise d’un territoire si ridiculement petit. L’Orst
doit être conquise le plus rapidement possible.
Elle n’arrête pas de jouer avec ses poignards en parlant.
Ça rend les officiers nerveux. Tant mieux. Nous sommes sûres qu’ils écoutent.
-
Dans maximum un mois,
je veux voir notre drapeau flotter au-dessus du palais présidentiel d’Orst. Me
suis-je bien faite comprendre ?
Ils ont l’air d’avoir compris.
Maîtresse se lève. Je la suis.
« Ma chère Nayna, j’ai besoin de me détendre. Je
compte sur toi pour m’y aider.
Je jappe de contentement. Je ne peux pas faire beaucoup
mieux depuis qu’elle m’a coupé la langue. Cela fait longtemps que Maîtresse ne
s’est pas amusé rien qu’avec moi. Je vais lui montrer qu’elle a eu raison
d’avoir fait de moi son familier favori.
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