Poursuite

Il s'arrêta.

Il était parti courir le long des berges, tôt le matin avant de commencer à travailler, comme à son habitude. Nous étions au début de l'été. Bien que le soleil eût été levé, une brume matinale exceptionnellement dense s'accrochait coûte que coûte aux rives du fleuve. 

Il n'y voyait pas à dix mètres de distance. A vrai dire, il connaissait son parcours de course par cœur et était capable de le suivre les yeux fermés. Cela ne l'avait pas dérangé.
Lorsqu'il courait, il appréciait laisser son esprit vagabonder. Ne plus penser à rien de précis, se concentrer uniquement sur le battement régulier de ses semelles sur le bitume. Il atteignait ainsi un espèce d'état de méditation auquel les coureurs réguliers sont coutumiers.

Toujours était-il qu'il n'avait pas fait attention à ce qui l'entourait. Et voilà qu'il ignorait où il se trouvait. Il s'en était rendu compte parce que les arbres qu'il croisait le long de la rive n'étaient pas les bons. Il n'expliquait pas comment cela avait pu arriver. Il sillonnait le long de ces berges depuis des années. Il les connaissait par cœur. Et puis, il suivait un fleuve. Une foutue ligne droite. Comment pouvait-il s'égarer ?

Le bon sens aurait voulu qu'il ne panique pas : il lui suffisait de faire demi-tour tout en continuant de suivre le fleuve et il serait de retour chez lui en un rien de temps. Mais quelque chose en lui l'empêchait de faire demi-tour. À vrai dire, tout son être vibrait d'une terreur primitive. Il ne devait en aucun cas se retourner. En aucun cas. Jamais. 

Le vent faisait doucement bruisser les feuilles du saule pleureur. L'eau, qu'aucun remous ne troublait, coulait paisiblement. Il n'entendait ni voyait aucun oiseau sur sa surface. La brume se mouvait avec langueur. La nature était en paix. Alors comment expliquer ces nerfs à vifs ? Toutes les fibres de son corps lui intimaient de fuir. Courir. S'échapper.

Surmontant la panique qui montait en lui, il fit la seule chose qui lui sembla naturel. Il se remit à courir. Doucement, à son rythme.

Il ne chercha pas à savoir quand est-ce qu'il pourrait s'arrêter de courir. Avancer était tout qui importait.
Il couru donc.

Elle le suivit.

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