Un oncorhynchus masou masou du côté de son père et un salmo salar du côté de sa mère pour être encore plus précis. Cette double parenté lui a valu d'être la cible de moqueries tout au long de son stade d'alevin. Du type : "Ta mère, c'est tellement une salope qu'elle est partie frayer en eau douce... plusieurs années de suite !". Comme si leurs mères n'avaient pas eu le même comportement. Elles en étaient mortes, très bien, mais elles avaient fait exactement la même chose...
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Qu'est ce que ça peut être con un saumon quand même.
Mais revenons à notre saumon. Il en avait marre depuis déjà trop longtemps de sa vie à la pisciculture. Il voulait voir du monde. Alors, ni une, ni deux, il prit son baluchon, ses clics et écailles et paf dans la nageoire ! Il partit de son bled natal.
Après, comprenez-le. Qui voudrait devoir vivre éternellement dans le Larzac tout en sachant qu'il finira par se faire fumer ? Ses envies d'évasions étaient "saumon-toute" compréhensibles.
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Et arête-thons ici les jeux de mots et suivons donc notre saumon et ses envies
Cap sur Dublin ! Connue pour son fameux temple élevé à la gloire des bars (des cousins à lui), cette destination coulait de source. Il n'y avait pas réfléchi que ses pieds l'amenait déjà là-bas.
Néanmoins, il se rendit très vite compte que cet endroit ne lui convenait pas. Ils buvaient beaucoup, certes, mais rien de plus fort que de la bière. Et quand on a été élevé dès le biberon à la gnôle de châtaignes ayant une teneur en alcool à la limite de la légalité (mais genre du mauvais côté de la limite de la légalité), la bière...
Ne se voyant absolument finir sa vie en buvant de l'eau, il quitta sans coup ferrer ses gentils mais un peu limités cousins de l'Eire.
Ou aller ensuite ? Aux U.S.A ? Tu parles, c'est les même que les Irlandais mais en plus gros et en moins endurants. Autant rester à Dublin à ce prix-là. Au Japon ? Sur la trace de ses ancêtres ? On peut le tenter.
En plus, l'archipel nippone est réputée pour ne chasser que des espèces en voie de disparition, du type thons rouges ou baleines, ou des poissons super toxiques.
(Et pour ceux qui se demandent pourquoi ils s'amusent à manger du fugu, sachez que c'est pour le shoot d'adrénaline que devoir éviter la trétrodotoxine procure.
... Et pour un shoot de dopamine, continuez de lire Batrachotoxine).
Par conséquent, le Japon un pays relativement safe pour un saumon (même métisse !).
Malheureusement, l'expérience tourna vite en eau de boudin, et pour cause : il avait oublié les sushis, sashimis et autres delikatessen dont ces cannibales de japonais sont friands.
Avant de se retrouver écaillé par la mafia locale, il s'enfuit de ce pays de barjos.
Déprimé, sans idée et sans ressource (il avait bouffé l'intégralité de ses croquettes lors de ses pérégrinations), il se laissa porter par le courant et celui de ses pensées.
Il passa sans même le remarquer par les îles Féroé.
Pourtant, s'il avait daigné lever son filet qui lui sert de tête 5 minutes, il aurait pu être témoin d'une scène spectaculaire : le rituel du grindadráp, réalisé à grands renforts de hors-bords, hélicoptères, satellites géostationnaires et fusils semi-automatiques. Magnifique je vous dis.
Et au final, sans même s'en apercevoir, il s'échoua sur les côtes de l'Islande et mourut, à l'étouffé dans les cendres du Snæfellsjökull (ce qui lui donna ce petit goût fumé si délicat).
Il n'aura même pas eu le temps de se bourrer au hákarl mal préparé.
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